mardi 5 mai 2026

Lus - 2

Lectures, suite 
Période du 22 février au 30 avril 


Mr Gwyn (185 p)
Alessandro Baricco


Une relecture un peu plus de dix ans après. Etonnant, toujours, que certains souvenirs soient justes et que des pans complets aient disparu. Sans doute garde-t-on en tête les points marquants de l'intrigue qui ont fait notre attachement et aussi l'ambiance.  C'est le cas ici. J'avais quasiment tout oublié de la seconde partie et de la fin !

Cette seconde fois, en tout cas, fut très agréable et satisfaisante, même si différente de la première, bien évidemment.


L'observatoire (448  p.) 
Edward Carey 


Une drôle d'expérience de lecture, on est immergé dans un univers étrange. 
L'Observatoire est un manoir où une nouvelle arrivante, locataire, va perturber ce monde bien clos aux secrets feutrés. Peu au fait des codes implicites, elle va vouloir mettre à jour ce qui est soigneusement tu habituellement et cela n'ira pas sans drames. Les caractères et caractéristiques des personnages font le charme bizarre de ce récit vraiment décalé. En réglant le fréquence on trouvera même quelques inflexions kafkaïennes, des parentés du côté absurde (Ionesco, Beckett ou même Jarry) qui n'empêchent nullement de trouver les uns et les autres très attachants.  Au contraire. 


Les Villes invisibles 
Italo Calvino ( 188 p.)


Calvino, c'est toujours bien. 

Je commence à avoir un parcours très nourri avec lui, parcours entamé l'année de parution du superbe "Si par une nuit d'hiver un voyageur..." 

Celui-ci je l'avais en tête depuis longtemps, après avoir lu ces derniers temps des petits bijoux comme Monsieur Palomar et Marcovaldo.  

C'est absolument magnifique. Un prodige de l'imaginaire, un dialogue inventé, des villes qui n'existent pas. Les thèmes poétiques (villes élancées,
villes et nom, villes et regard, par exemple) sont tout un programme. 

J'y ai déambulé avec un immense plaisir. 


Le jeu de la rumeur (512 p) 
Thomas Mullen


On est à Boston, seconde guerre mondiale, une journaliste et un agent du FBI (bien campés) se retrouvent alliés pour essayer de démasquer et mettre à jour des réseaux fascistes impliqués dans des sabotages et des vols dans des usines d'armement. 

Rien de bien neuf, pas mal de choses prévisibles mais un récit plutôt sympathique, bien conduit et qui prend le temps d'installer les personnages, les situations et les ambiances, les enjeux.   


Tana French 
Les lieux infidèles ( 440 p.)

  

Frank Mackey, désormais flic,  revient chez lui vingt-deux ans après. Il avait coupé les ponts avec sa famille et surtout il était parti alors qu'il comptait s'enfuir avec Rosie sa petite amie, qui ne l'a jamais rejoint le jour J. 
Disparue sans laisser de traces, aucune nouvelle depuis, laissée pour morte vraisemblablement avec tout ce temps,  et voici qu'on retrouve sa valise...

C'est parti pour une enquête où les fameux fantômes du passé vont tenir la corde. 
Frank n'est pas particulièrement aimable, il semble adepte (conscient ou non) du bâton pour se faire battre. 
Un roman qui démarrait pas mal, l'intrigue offrant son lot de possibilités dans l'univers où elle se déroule, mais un récit qui malheureusement ne prend pas vraiment après l'exposition ( réussie) et finit par traîner, patiner et immanquablement la résolution en est assez plate. Tout cela manque d'aspérités, d'incarnation et cela donne un ensemble de plus en plus fade et donc oubliable.  


Les mystères de Sherlock Holmes ( 250 p) 
Jean-Pierre Naugrette 

 
A la manière de. 
L'auteur s'amuse un maximum avec le canon, il possède l'œuvre de Conan Doyle sur le bout des doigts. Certaines nouvelles du recueil ont des liens entre elles. L'ensemble se lit avec plaisir, mais m'a semblé parfois trop respectueux ou pas assez irrévérencieux. 
Un bon moment où l'on a plaisir à retrouver les deux personnages mythiques, leurs personnalités et leur relation. Comme vous voudrez. 
 

Le silence du juju (154 p.) 
Armandine Penna et Diane Morel 




BD ou roman graphique comme on voudra, cela importe peu. 
Le résumé de l'histoire vous éclairera :
Quand Faith quitte le Nigeria pour l’Europe, elle est encore mineure et croit naïvement que l’Europe ressemble au paradis. Lors d’un rituel vaudou, appelé « Juju », elle fait un serment devant les esprits : celui de se taire et de travailler sans faillir pour rembourser le prix de son voyage à la « madam » qui l’a prise sous sa coupe. Quand elle arrive en France après une traversée périlleuse du désert, de l’enfer libyen et de la mer, elle atterrit directement sur un trottoir. Il faut qu’elle vende son corps pour rembourser une dette exorbitante. Mais sa foi en Dieu et en la vie la poussent à se libérer de cette toile mêlant mafia et magie noire. Faith sort du silence pour raconter son histoire. Elle crie sa force de vie.

Poignant, très émouvant. 
(Merci Mathias) 
 

Vine Street  (750 p) 
Dominic Nolan 


Un bon gros polar anglais, avec un auteur annoncé comme le James Ellroy du dahlia noir, excusez du peu. 
Très belle intrigue, très bien construite, on ne décroche pas, on ne voit pas grand chose venir me semble-t-il, c'est une plongée dans le Londres "chaud" (prostituées, mafieux, jazzmen, clubs, etc...) des années 1935 et suivantes, y compris la guerre.    
Oubliez Ellroy on en est loin, il n'y en a pas le rythme et la tension hallucinés, mais par contre il y a de la matière, de l'épaisseur dans cette traque qui court sur des dizaines d'années et le personnage principal Leon Geats un flic un peu borderline est un personnage qu'on n'oublie pas. 


L'ami Universel 
Jean Hubert Gailliot 336 p

 


Une bien belle lecture, aussi singulière soit-elle, d'un auteur que je découvre. 

Ce qu'en dit la 4ème de couverture : Dans une société où chacun met en doute la raison et le réel, l'ami universel apporte son soutien aux personnes les plus déboussolées. Accédant à leur intimité, il révèle le mal qui menace peut-être les citoyens des civilisations évoluées. Après la fin des idéaux et des croyances, n'est-ce pas la réalité elle-même qui finit par ressembler à un canular ? 

C'est suffisamment intrigant et ambigu pour donner envie d'aller voir comment ça se passe ! 
On aura bien du mal à définir ce qu'est "L'ami universel", ce groupe de personnes qu'on ne pourra pas réduire à une agence  de détectives, ou encore à un groupe philanthropique ou d'entraide.  
Les situations sur lesquelles "L'ami universel" intervient ne sont pas plus classiques : une drôle d'incohérence dans un annuaire téléphonique de 1997 (comment une adresse de cette année-là peut-elle porter un nom qui n'a été changé que bien des années plus tard), une famille disparue mais un logement toujours habité, un club qui disparaît en une nuit...

Le récit, organisé par courts chapitres, fonctionne donc par petites touches, petites doses qui distillent parfaitement le doute, le malaise, la difficulté à distinguer le vrai du faux. 
C'est aussi un reflet des peurs et des inquiétudes du monde d'aujourd'hui. Cela flirte franchement avec la paranoïa, nombre de personnages sont persuadés qu'un danger (qu'ils ne peuvent nommer) les guette, les attend. 

J'ai particulièrement apprécié la conclusion, positive, où tout ce qui fondait le roman -cette fragilité endémique- est battu en brèche en toute logique et rationalité. 
Une très belle lecture je me répète. 

Le nom sur le mur (poche folio 165 p) 
Hervé Le Tellier 




« André Chaix » : tel est le nom qu'Hervé le Tellier découvre sur un mur de la maison qu'il vient d'acquérir dans la Drôme.
Il se trouve que c'était un maquisard, un résistant, un jeune homme mort à 20 ans en 1944.

L'auteur fait des recherches, il découvre des documents sur André dans une petite boîte, et se lance alors dans ce texte. 
Le résultat est un objet hybride, dans lequel j'ai apprécié le premier et le dernier chapitre où Le Tellier prend la parole pour ouvrir et clôturer son projet. 
L'ensemble peut apparaître bancal avec de nombreuses digressions, mêlant plus ou moins adroitement la grande et la petite histoire, relatant aussi certaines anecdotes personnelles qui font écho à sa recherche. 
Ce que j'en ai perçu est avant tout un témoignage, ce n'est pas une thèse ou document historique, et c'est bien comme si Le Tellier voulait apporter sa pierre -même très modeste ou imparfaite - à l'édifice, la maison comme la mémoire. 



José Eduardo Agualusa
Les vivants et les autres (220 p.)

Les rapports entre les auteurs et leurs personnages. Ce que j'ai retenu de la 4e de couverture et qui m'a fait acheter le livre. 
220 pages plus tard, on se dit "parfois c'est long même quand c'est court" et c'est dans la plus grande confusion que j'ai navigué dans cette histoire où tous les pans -passé présent futur réalité rêve - sont mélangés "à plaisir" (pas celui de lecteur de mon point de vue). Une profusion qui n'a pas fonctionné, rien ne m'a vraiment attiré, retenu, j'ai voulu finir au cas où, sans résultat.  
En gros, une purge. 



lundi 27 avril 2026

F comme...

 


Gens de la fontaine

Irez-vous vous baigner

Comme elle, toute nue,

Pour trouver ou retrouver

Jouvence

Reviendrez-vous à la source

Boire de son eau 


jeudi 23 avril 2026

Une rencontre

 Les phrases en gras étaient imposées, la dernière étant la chute. 


J’étais coincé dans la quatrième dimension dans une luminosité étrange. Grâce à mon septième sens, je perçus devant moi une entité extra-terrestre impalpable, dont la silhouette changeante était visible sous forme d’un halo phosphorescent.
D’une voix de synthèse aux accents métalliques elle s’adressa à moi.
La « chose » avait des questions.
Elle ne préparait aucun examen et je compris bientôt qu’elle participait à une chasse au trésor intergalactique dans l’espace-temps. C’était amical et c’était assez urgent, elle avait jusqu’à avant-hier.
 
Elle commença et je crus tout à-coup passer dans la cinquième dimension, une chance car je la connais très mal.
 
J’espère que mes réponses lui ont permis de trouver le trésor, j’attends des nouvelles.
 
Le bonheur est fait, en grande partie, de choses minuscules, comme trouver une tête d’épingle, un regard dans une botte de foin, faire une petite rencontre avec un extra-terrestre amical, et pour une petite partie, de choses immenses, vous voyez la mer ? la gentillesse ? ou bien encore arriver à quelque chose, trouver la sortie, échanger un sourire… 
⋔⟒⍀ ! (=Merci). 
 
Il y a des gens qui mettent leur point d'honneur à être plus malheureux que…les pierres.
Est-ce de la maladresse institutionnalisée ? Congénitale ? Tarpéienne ?
Ou de la malchance narguant les statistiques ?
C’est bizarre. Peut-être même suspect. Une croyance ?
⋔⟒⍀ !  
 
Pour peu qu'on ait étudié l'homme pendant plus d'une génération, on s'aperçoit que très peu d’entre eux ont rencontré un petit extra-terrestre.
C’est pourtant une chance, ça permet de parler du bonheur. Un peu.
⋔⟒⍀ !  
 
« Mieux vaut, dit le proverbe bantou, être le néant que ne pas être une question ».
Dit comme ça, voilà qui paraît un peu crypté.
Et cela règle le problème, les idées sont arrêtées, apprendre ne sert plus à rien, bref, tranquille, on peut courir à sa perte en cheminant sans pression. Et on peut dire n’importe quoi, et comme les extra-terrestres ont le dos large, oui, c’est eux les méchants, les pires ennemis. Alors que…
En réalité, l’abscons bantou n’a-t-il pas plutôt voulu intriguer ?
⋔⟒⍀ ! Merci.

⌰⟒⌇ ⌿⍀⍜⎐⟒⍀⟒⌇ ⏃⋏⏁⍜⎍, '⟒⌇⏁ ⌿⟟⟒⟒ ⋏⍜⋏ ? 
Les proverbes Bantou, c'est piégé non ?
 
Halo, vous captez vite ! Oui, assez.
Faire mine de prôner l’inverse… Risqué, certes.
A ce rythme parions qu’il n’y aura bientôt plus de bantous.
Mais cela nous ramène à la question, qu’est-ce que le bonheur, où est-il ?  
C’est l’histoire cent fois recommencée de l’herbe toujours plus verte ailleurs …
Bon, je ne veux pas la jouer bantou mais il y a cette très bonne question :
Why did the chicken cross the road?
Pourquoi le poulet a traversé la route ? Parce que …
⌿⏃⍀ ⍾⎍⟒ ⍾⎍⍜⟟ ? (Parce que quoi ?)  
Le bonheur n'est jamais qu'en face.

dimanche 19 avril 2026

10 autres

 La liste : biome butiner canopée conséconscient débrousser empreinte glaner palmeraie solaire vivant

* * *

Mon texte :

Avec le recul, Isabella ne regrettait pas son binôme, non.

Sans haine, cela s’était transformé en biome.

Elle avait donc arrêté de butiner et restait étendue sur la canopée puisqu’il n’y avait plus d’arbustes, à force de débrousser à tout va.

Finies les aventures de l’abeille de Cadix, suffit les malédictions mayas.

Isabella y aspirait depuis longtemps. Badigeonnée de crème solaire.

Avec son fort accent, Hector lui avait dit : conséconscient, c’est moins grave, ça n’excuse pas tout, mais bien sûr il vaut mieux le faire de son vivant.

Il s’éloigna, désormais seul. Il devait glaner une empreinte dans la palmeraie.

 

samedi 11 avril 2026

Atelier d'avril

Nous avons beaucoup tourné autour de l'albatros de Baudelaire lors de notre session d'avril, à moins que ce ne soit l'albatros qui nous ait tourné autour... 

Bref, voici mon décalque, juste après l'original, ce qui m'a servi de compte rendu à la session ! 



L’atelier

 

C’était à l’atelier qu’ils remplissaient leurs pages

Plumant un albatros, écrit par Baudelaire

Ils suivaient les consignes, partant à l’abordage 

Plumes vives glissant sur l’eau du dictionnaire

 

La consigne déposée les voilà qui planchent

Ces rois de l’alphabet, rimeurs fous pris au jeu

Tracent soigneusement sans un revers de manche

Leurs belles inventions, c’est ce qu’on attend d’eux

 

Menant le jeu Joachim n’est pas venu seul

Chaussette surprise, S + 7* est tiré

Plus d’un tour dans son sac, tel un jeu casse-gueule

L’anaphore** en portrait, il faudra deviner

 

Ce pauvre Baudelaire on l’a bien trituré

Dans son tombeau il aurait pu se retourner

S’il avait su combien nous l’avons détourné

Ce zèle ne gênant, n’empêche, de l’aimer !