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lundi 12 mai 2025

Qui ?

 Logo-rallye avec 10 titres de romans





-Dans le parc sauvage, qui était il vraiment le mystérieux étranger dont je me souviens qui scrutait le fil de l’horizon dans la douce indifférence du monde, ce monde ô combien replié sur les choses les plus futiles, envahissantes comme le chiendent ? 

-C’est tout ce que nous allons savoir, monsieur Teste, la fille qu’on appelle ne saurait tarder à décrocher.

Une sonnerie, on répond, une conversation de quelques minutes, on raccroche.

...

-Monsieur Teste ?

- Oui ? 

- C'était vous.


samedi 22 mars 2025

Alpharime

Alpharime : une rime constante (-age) au fil du « poème », la rime est précédée de l’alphabet dans l’ordre (age, bage, cage, dage, …) et ... un gros quart d’heure devant soi.


A L'ABORDAGE !

 

C’est parti pour le grand défrichage

Il va falloir s’y cogner sans ambages

Ecarter les barreaux de la cage

Sans sous-estimer le caviardage

En plus, c’est bien, il n’y a pas de péage

Avec un peu de chance il y aura du chauffage

On a au moins ça comme gage

C’est mieux que d’ouvrir son sarcophage

C’est pas encore l’heure du pliage

Car je dois jauger le verjage

Et c’est pas fourni dans le package

Va donc falloir jouer serré question rafistolage

Pas impossible que je passe pour un mage

Quitte à friser le surmenage

Je veux surtout éviter la prise d’otage*

Et terminer au plus vite cette page

Je pense avoir réussi le débloquage

A force de patience mais pas de rage

Je sens que je vais inviter au vernissage

Pour se remettre, et y aura pas que des laitages

On connaît bien les rouages

On n’est pas des sauvages

On va pas s’enliser dans le wagage**

Et voila que se profile la fin du malaxage

Est-ce que ce fut un beau voyage ?

Bon d’accord, ça sent le dégazage !

 

 Ecrit le 8 mars 2025

 

 

* pas de mot terminé par -oage

** Limon de rivière servant d'engrais.

Merci : 



mardi 18 mars 2025

La hauteur du persil



Sans hauteur, sans persil



Toutankhamon restait des heures

Au bord du Nil

à écouter Erlin le chanteur

qui déroulait son fil.

C’était un ancien cascadeur

privé de nombril,

pas vraiment un amateur,

et de tous, le plus agile.

Il était sans peur

devant tous les périls...

Il est temps vu la stupeur

De terminer ce texte puéril.

 



Quelques mots (des rimes en « il/eur ») 

nous avaient été proposés…

jeudi 6 mars 2025

Mauvais rêve ?

 


Victime de crises de somnambulisme régulièrement, Lucien Verne, 71 ans, a été retrouvé en boule à l’intérieur d’une des machines de la laverie automatique « Le Tour du Linge en 80 minutes » rue Sarcany.  

La machine était à l’arrêt et n’avait pas fonctionné, le hublot étant juste poussé, Lucien pouvait fort heureusement respirer.

C’est un certain Paul Person, client de retour à la laverie car il avait perdu une chaussette, qui a pu alerter les secours qui ont désincarcéré rapidement Lucien dont on ignore à ce jour s’il est vraiment retraité de la marine marchande comme la rumeur a couru et quel livre il était en train de lire au moment des faits. Il est à ce jour en observation au CHU, sain et sauf.

L’établissement n’étant pas doté de caméra de surveillance, rien de plus n’a pu être établi. 

La chaussette n’a pas été retrouvée.


dimanche 2 mars 2025

Le carnet

 La première phrase était imposée...

Il n’avait jamais cru aux légendes jusqu’à ce qu’il tombe sur ce carnet en plein milieu de nulle part.

Horacio Oliveira venait de reconnaître son propre carnet posé sur un des bancs du parc de Palermo, endroit qu’il traversait pour la première fois. 

Il ignorait qu’il l’avait égaré. La découverte étrange ne le troubla pas.

Lorsqu’il s’en saisit, il constata que le carnet, pourtant refermé vierge de toute trace après sa dernière manipulation, était abondamment complété de textes et de fragments rédigés et prêts à être assemblés, de notes détaillées illustrées de quelques schémas fléchés simples.

Horacio Oliveira ne tressaillit nullement en reconnaissant son écriture. 

Il resta d’un calme imperturbable en feuilletant ce qui était la trame détaillée de la nouvelle dont il avait reçu commande il y a maintenant quinze jours. Le plus gros du travail en semblait achevé. Il lisait et relisait attentivement certains passages du carnet. Littéralement, il les découvrait.  

Horacio avait pris place sur le banc.

Il se revoyait un peu plus tôt dans la journée. Il était sur son lieu de travail, lancé pour son projet dans des recherches qu’il ne savait pas encore infructueuses. Il les avait menées assez tard, dans des salles devenues désertes, tel un voyageur égaré dans les blancs ou dans les marges, insensible au moindre changement dans l’air silencieux de Babel.

 

Il n’était pas exactement perdu, il avait glissé, il s’était peut-être absenté de lui-même, lui qui aimait entendre le silence et, plus que tout, l’écouter.

L’ambiance était étrange. 

Avait-il imaginé qu’en tendant bien l’oreille, il pourrait déceler dans ce frottement de l’air quelques mots assourdis, langage inconnu, forme de magie, conversation incertaine tentant une sortie de la verticalité serrée des pages ?

 Tout à ses pensées, il n’avait sans doute pas discerné les remous étouffés comme des souvenirs lointains, les craquements furtifs d’étagères emplies de sorts et de croyances, ni même les replis discrets de passeurs de musiques et de chants.

 Était-il resté insensible, comme coupé, presque hermétique au frissonnement des pages tournées, au clapotis de couvertures refermées, en cet étrange labyrinthe peuplé de miroirs et de portes secrètes, de pistes ouvertes et fermées…

 Quelque chose aurait-il pris corps et vie dans cette atmosphère où l’air vibrait, empli des révélations poétiques d’esprits bienveillants, de songes qui planent au cœur des forêts d’Afrique, calmes des bruits du passé ?

 

Mais la forte improbabilité de cette situation l’aurait quelque peu ébranlé, au point qu’il aurait fini immanquablement par se dire qu’il avait mal saisi ou bien encore, en une hypothèse hallucinatoire nullement irréaliste, qu’il n’avait pas pu entendre cela ailleurs que dans son propre rêve. 

Et c’est très certainement le moment qu’il aurait choisi pour changer d’histoire.


Horacio Oliveira se leva et empocha son carnet.

Il reprit son chemin.

Il n’avait jamais cru aux légendes et un très léger sourire illuminait ses yeux.

samedi 22 février 2025

Faire pâtisserie

 Il fallait tartiner le texte 
d'un maximum de pâtisseries, sucreries, douceurs...


 

 Il est né le divin enfant.

Ou alléluia.

Tel fut, nous dit-on, le cri de joie et de soulagement unanime -à défaut d’unisson- que poussèrent ses parents (en essayant de chanter) lorsque Wolfgang von Apfelstrudel vint au monde, potelé tel un chou à la crème et parsemé de quelques rougeurs de clafoutis.

 

Pour sa famille, en ce moment important, c’était déjà l’Ardéchois. Une famille peu conventionnelle. 

Et peu argentée. 

Sa mère Maïwenn Kouign amann avait piqué un far en rencontrant ce mercenaire bavarois sentant bon le sablé chaud. Son père, puisqu’on en parle, se prénommait Gunther, sa propre mère était de la vieille lignée des Bretzel. C’était un ex-mercenaire défroqué que le rata à base de crème brûlée et de brioche rassise avait fini par dégoûter des gozettes sans fin au bivouac et lui avait fait -aussi- rendre les armes.

Toujours est-il que son charme opéra et Maïwenn connut un moment merveilleux.

C’était dur, ils avaient peu de moyens, touchés par la hausse des spritz.

Privations, économies, la rigueur au plan financier n’était rien d’autre que de la pauvreté.

De là à en faire des mendiants, c’est un pas qu’ils ne franchirent pas, même si c’étaient des semelles en crêpes chaudes qu’ils enfilaient pour ne pas avoir froid l’hiver.

Chez eux, la gâche c’était un nom mal identifié, mal compris concrètement, loin d’une réalité comestible trébuchante. Un vocable de plus indéfendable dans une famille tournée vers le comptage un à un des bouts de ficelle. Et inutile de dire qu’il n’y avait jamais de pain perdu.

Wolfgang ne connut pas sa sœur aînée, Charlotte, qui n’avait pas survécu.

Mais cette épreuve n’avait pas pour autant tourné la famille vers la fouace.

Enfant, il ne fut pas trop malheureux. Il était souvent dehors. Le garçon jouait avec des vieilles barquettes sur l’étang près de leur masure. Sauf en cas d’inondations.   

Wolfgang avait un perroquet, un mélange inédit de gentleman et de diplomate qui savait parler mais s’en abstenait. On l’appelait concorde. Il était friand de cake, ça tombe bien, il n’y en avait pas. Et ça lui clouait le bec.

Par chance Wolfgang avait aussi un chien, un bichon couleur citron, c’était un chien peu courant qui dormait tout le temps, une vraie bûche, le spécialiste d’un Noël permanent. Une sorte d’ambassadeur de la glande.

Le sens de la débrouille de papa Gunther était donc fort utile, surtout quand il cambriolait un cirque.

 Les rares moments de vacances, ils allaient se beignet en famille ou ils passaient la journée aux îles flottantes, car vite ils n’avaient plus grand-chose et se lançaient dans le trafic -certains diront contrebande- de donuts et de canelés.

Wolfgang jouait de la flognarde dans les bois, le seul endroit où on ne lui jetait pas de pierres.

Toujours très tôt, tel un Chanteclair forestier.

Son talent limité fit que les riverains évitèrent la forêt noire, presque hantée aux dires d’un voisinage malveillant, peu mélomane et raciste toujours prêt à trouver un bouc émissaire en forme de tête de nègre. Ce qui dépassait franchement les cornes de gazelle.

Pendant ses études, il passa bon gré mal gré les échelons.

Même si on lui fit comprendre régulièrement qu’il ne valait pas un clou, ou le prenait pour un gland, cela le laissa marbré et il s’en moka, cela ne contraria pas sa volonté de devenir tapissier. 

Dans des circonstances plutôt croquignoles, Wolfgang rencontra Madeleine Vacherin, jeune femme magnifique, à la peau dorée comme un pain d’épices (il le sut un peu après). C’était une ex-religieuse qui avait renoncé aux pets-de-nonne.

Cela se passa sur la ligne Paris-Brest, il lui prêta ses oreillettes. Ils furent très vite sur la même longueur d’onde.  Ce mélange fluide et inopiné de cérumen fut une rencontre qu’ils s’accordèrent plus tard à qualifier « d’un peu profiterock and roll ».

Excusez du peu. Un éblouissement. Un éclair ?

Il en resta sur le flan. Longtemps. De sa place, cela faisait un moment qu’il la voyait de quatre-quarts. Fondant littéralement pour elle.

Peu après, il put le lui dire et elle ne se fit pas prier. Ils prirent une chambre et quelques saint-Honorés plus tard, il s’occupa de ses miches, elle aussi, et c’est quand il lui chanta « Tiramisu mon oumar » qu’il comprit que sa vocation de tapissier serait contrariée par sa dyslexie.

Tout finit en chaussons. Ou presque.

Il devint donc pâtissier.

Et il créa sa tarte « tatin le nirvana ».   

 

 

 

 

 

mardi 18 février 2025

Mirage

... les mots en gras étaient imposés...



Le geai gelé joue à hache- hache,

Il bat de l’aile, d’un coup de dé…

C’est une espèce de cas,

Frère des sept incas d’espace

Qui arpentent l’aire de rien 

Le désert,

Ici, aucune haine,  

Le silence et la paix règnent.

C’est l’heure de la taie,

Dodo,

Enfant do,

Eau rayée.

vendredi 14 février 2025

Parlez-moi ...

 ... d'amour avec humour. Bon d'accord ! Comme on était dans l'humour vache, les mots en gras étaient imposés, dans l'ordre !  

J'ai utilisé à cette fin la forme dite des « 99 notes préparatoires » (Oulipo) qui se situe entre le poème et l’essai, s’emparant d’un sujet donné et tentant d’en épuiser les potentialités par un jeu polyphonique. je l'ai déjà utilisée et publiée ici à plusieurs reprises.  


  1.  Parlez-moi d’amour, avec humour, est une belle invitation
  2. Une belle idée aussi par les temps qui courent
  3. Non que je veuille évoquer ici le passage du temps
  4. Tiens, il est repassé par-là… 
  5. Parlez-moi d’amour, avec humour
  6. Question d’amour, d’humour, d’humeur
  7. Question de moment, le bon ?
  8. Oh, on connaît ses classiques :
  9. Amour …toujours
  10. Faut-il conclure que c’est bon tout le temps
  11. Et même plus si affinités ?
  12. Parlez-moi d’amour n’est pas sans contrainte
  13. Il y a des mots pour ça : Texture, chute, éparpiller, oublier, cocasse
  14. Il faut convenir que ce ne sont pas ceux qu’on attendait 
  15. Là ils sont ordonnés
  16. On peut y voir un désir d’éviter le désordre
  17. Ou un maintien de l’ordre par la malice 
  18. C’est peu dire que ces mots, inattendus,
  19. On les prend bien sur la calebasse
  20. On a connu mieux comme coup de foudre
  21. -Enfin je vous le souhaite- 
  22. Parlez-moi d’amour avec humour
  23. Ces mots-là sont-ils bleus
  24. Comme on l’a chanté ?
  25. Si oui, sont-ils passés à la machine ?
  26. Parlez-moi d’amour, lequel, lesquels
  27. « L’absolu éternel dont elle avait rêvé ? »
  28. Je soupçonne un peu que le côté amour éternel
  29. Est peut-être un peu survendu, surtout vers la fin,
  30. Sans doute y a-t-il un marché, un créneau, si j’osais… un trafic ?
  31. Par ailleurs, il serait bon de ne pas négliger le célèbre « l’amour est aveugle »
  32. Bigre, le fil de cette réflexion s’enchevêtre et m’amène
  33. À nourrir des inquiétudes plus que sérieuses
  34. Pour le cas où l’amour éternel, en plus, serait aveugle.
  35. Bon, à ce jour aucune trace officielle d’amour sourd
  36. Jamais rien entendu à ce sujet …  et je pense que cela vaut mieux
  37. D’autant plus que je ne dirai rien -évidemment- 
  38. Des grandes douleurs qui chacun sait sont muettes
  39. Ce n’est pas le sujet et c’est parfois un complément
  40. Parlez-moi d’amour avec humour
  41. Ben on essaie figurez-vous
  42. Et puis ce n’est pas toujours ce que vous croyez
  43. Tenez, de l’amour aveugle à l’amour à l’aveuglette
  44. Il n’y a qu’un pas, certes risqué, mais diablement pratique, avouons-le
  45. Il faut se rapprocher et -enfin- toucher, c’est jouer,
  46. Parlez-moi d’amour avec humour
  47. L’amour c’est humer, avec un grand U
  48. Mais quel parfum est-ce et qui me rappelle-t-il ?
  49. On se sent Risi plus que Grenouille
  50. Découvrir et s’imprégner d’une texture
  51. S’immerger, je t’ai dans la peau
  52. Tâtonner sur les bosses et dans les creux 
  53. Dénicher quelques brins de beauté
  54. Les cueillir les yeux grands fermés
  55. Parlez-moi d’amour avec humour
  56. Surtout ne pas bégayer, avoir le cœur bien accroché
  57. Gare à la chute de reins, amis alsaciens,
  58. Ce n’est pas un roman-fleuve, tout juste une histoire au long cours
  59. Avec éclaboussures à haute température 
  60. Parlez-moi d’amour, avec humour,
  61. Enfilez votre costume d’aficionado de la libido
  62. Qui déroule son credo et promet pour pas cher l’eldorado ?
  63. Parlez-moi d’amour avec humour
  64. Restez concentrés, restez avec moi,
  65. Surtout ne pas se disperser, s’éparpiller,
  66. Sinon ? c’est parlez-moi du mikado, avec humour
  67. Alors que, soyons clairs, c’est bien parlez-moi d’amour avec humour
  68. Faut pas oublier
  69. Tout peut s’oublier qui s’oublie déjà
  70. Parlez-moi d’humour avec humour
  71. Je peux pas c’est pas la consigne
  72. Oh, l’argument cocasse du gars qui la concasse
  73. Parlez moi d’amour avec humour
  74. C’est pas l’hamour avec une grande hache
  75. L’hamour vache 
  76. Ah, le jeu de l’amour et du hasard, Marivaux
  77. Mari vache ?
  78. Parlez-moi d'amour avec amour,
  79. À y être, et même consigne cul par-dessus tête
  80. Redites-moi des choses tendres
  81. Ma chère et tendre et notez qu’il y a parfois des impasses
  82. Ou des déviations, vous savez bien les panneaux jaunes
  83. Oui, la chair est tendre, ma chère
  84. Salivez donc à ces mots « suprêmes »
  85. Votre peau est un blanc de volaille poché,
  86. Nappé d'une sauce blanche ou brune.
  87. Le dirai-je à ma blonde à la lune rousse ?
  88. La vie est parfois trop amère
  89. Je serai tien, seras-tu miel, seras-tu sucre, je serai orge
  90. Non, ça ne va pas, je n’aurais pas dû faire ça
  91. On dirait « Mémoires d’un cannibale, morceaux choisis » 
  92. Nos moutons nous appellent, revenons parler d’amour, avec humour
  93. Faudrait voir à pas vendanger l’amour
  94. Parlez-moi d'amour, avec humour
  95. Peut-être parfois se taire, 
  96. Tourner sept fois sa langue dans ta bouche
  97. Se taire, se laisser faire, et faire plus que parler
  98. Tous autant que nous sommes
  99. Ah, vertiges de l’amour !


mercredi 29 janvier 2025

Le coin plaisir

 

Les mots en gras étaient imposés



Bonnes affaires –

Faites vous plaisir à loisir, 

vous contenter est notre plus cher désir.

Telle est notre devise.

 

Propose sketchs désopilants pour dérider triste sire (par 2 ou par 6)

Cède -raison de santé- musette moitié vide.

Echange sucette citron peu utilisée.

Cherche pour petits travaux jardin brouette molle à ravigoter.

Propose en prêt schtroumpf à tirlipoter.

Revend astragale en titane pointure 44.

Revend assassin maladroit (promo 50%) mais balles neuves.

mardi 21 janvier 2025

Lettre ouverte

L'invitation commençait par une écoute ici, se poursuivait par écrire à partir du premier vers de Gérard de Nerval : 

"De toutes les belles choses qui nous manquent 
en hiver, qu'aimez-vous mieux ?" 

de façon classique ou iconoclaste, ou ... à votre guise. 

On pouvait aussi écrire autour du poème (ou du texte, chanson, air de musique, tableau...)qui a marqué votre enfance, à l'école le plus souvent. 

J'en ai tiré ceci, en mêlant les deux propositions qui au départ étaient plutôt séparées mais que la poésie a reliées dans mon idée et dans mon refus de choisir. 



LETTRE OUVERTE

De toutes les belles choses qui nous manquent en hiver, qu’aimez-vous mieux ?

 

Cher Gérard, bonjour,

 

Je te remercie infiniment pour ta question, je souhaite seulement préciser, et on n’en parlera plus, que c’est vraiment injuste que tu aies déjà piqué les papillons.

Sache que j’ai compris que je ne dois pas me laisser enfermer dans la stricte opposition hiver-été et oublier injustement le printemps et l’automne.

Imagine d’ailleurs, mon petit Gérard, que l’on réponde à ta question pour chaque saison, y aurait-il des recoupements, sachant que les trois manquantes seront citées trois fois ?

Par hypothèse, peut-être que la nostalgie de l’été n’est-elle pas la même au printemps qu’en hiver, qu’elle ne s’attache pas aux mêmes éléments.

Pour ta gouverne, j’ajoute y voir un possible avantage, celui de dénicher des idées que tu aurais laissées, tout occupé que tu étais à observer les papillons aux beaux jours et à t’en souvenir le reste de l’année.

Fort bien, cela étant dit, je ne peux guère plus reculer, j’ai assez joué la montre et je pense que la boucle nervalienne est bouclée.

 

Il est temps de revenir à ta question, mon cher Gérard, je la rappelle ici :

« De toutes les belles choses qui nous manquent en hiver, qu’aimez-vous mieux ? »

Puisque tu as sans doute remarqué qu’on se dit tout désormais, je vais en un ultime aveu te faire remarquer que les « choses », c’est un terme un peu vague, non ?

Mais n’en déduis pas que j’essaie de me défiler, d’ailleurs je te donne à lire mes réponses sans plus tarder.

 

Les belles choses sont pour moi des moments précis qui me reviennent à l’esprit, des sensations qui me disent -fort- ce n’est pas l’hiver… C’est…

l’épaisseur de l’air dans sa chaleur, quand on troque le froid pour la fraîcheur…Au jardin sous le pommier, le livre lu sur le banc, et une légère brise qui préserve de la torpeur …

…Très tôt le matin, la tasse de café fume sur la table dans le jardin … J’écoute les oiseaux et l’air ambiant, matins bleus, ciel calme…C’est le fil que déroule notre planète, laissant les journées s’étirer tant, qu’elles semblent ne pas vouloir se coucher…C’est se laisser cueillir par un champ rougi de coquelicots, dont les fleurs mesurent de 7 à 10 cm de diamètre…Et la couleur verte regagne pied à pied, ce qu’elle a pu céder, au gris au noir au brun… Ce sont les volets tirés qui tiennent la chaleur à distance, peut-être qu’un bref orage en plein champ va colorer le ciel de vapeur et de bruit…C’est tout ce qu’on peut faire dehors, avons-nous failli l’oublier, serrés dans l’hiver, engoncés ? …Cette réverbération sur les routes et chemins, poussière lumière, je dépasse les blés sur mon vélo, je pense déjà à ce grand verre d’eau limpide qui m’attend au retour… Plaisir renouvelé, savouré, et la table du jardin, le point de repère, le confluent… Tout ce qu’on peut faire dehors, s’asseoir dans l’herbe, seul ou bien accompagné, repenser à l’herbe bleue et plus si affinités… Et à la nuit tombante, comme un signal inversé, en loups-garous de l’été, se retrouver dehors, y rester… Regarder les étoiles filer … Ou alors s’installer, le concert ou la pièce va commencer, peut-être quelques textes lus sur les couleurs de la forêt…Mettront le cap sur l’automne érable ou sous le chêne mémoire… 

… Cela fait penser, mon cher Gérard…

A la rentrée des classes, aux retrouvailles… Ce n’est pas chose aisée d’isoler un poème de l’enfance, de l’école. C’est choisir, et c’est aussi ne pas renoncer à se souvenir … Rares me semble-t-il sont les moments de satisfaction – au moins conscients- que j’ai pu éprouver enfant (élève) dans la rencontre avec le poème…Et je ne suis pas surpris que me reviennent

plus ou moins vifs des sentiments mitigés…Où l’ennui joue le rôle principal, tandis que le plaisir est régulièrement absent... Il y avait de quoi : appelé récitation à l’école, c’était surtout un exercice, une leçon, un devoir. Un pensum… Bref, de quoi s’emmerder… Pourtant, je me suis extirpé de cette brume persistante… Je me suis replongé à l’école…J’ai bêché, retourné, ameubli… Et, enfin, mis au jour ce « quelque chose », latent…Une trace, une image… Surgirent ainsi les deux derniers vers qui précédent le quatrain final…De ce poème :

 

La croisée est ouverte ; il pleut
Comme minutieusement,
A petit bruit et peu à peu,
Sur le jardin frais et dormant.

Feuille à feuille, la pluie éveille
L’arbre poudreux qu’elle verdit ;
Au mur, on dirait que la treille
S’étire d’un geste engourdi.

L’herbe frémit, le gravier tiède
Crépite et l’on croirait là-bas
Entendre sur le sable et l’herbe
Colle d’imperceptibles pas.

Le jardin chuchote et tressaille,
Furtif et confidentiel ;
L’averse semble maille à maille
Tisser la terre avec le ciel.

Il pleut, et, les yeux clos, j’écoute,
De toute sa pluie à la fois,
Le jardin mouillé qui s’égoutte
Dans l’ombre que j’ai faite en moi.

Henri de Regnier, le jardin mouillé

Inutile de préciser, cher Gérard, et pourtant je le fais, qu’une recherche plus tard, j’avais remis la main sur le texte, complété mon souvenir... Image marquante, l’averse tisse la terre avec le ciel… Une petite confusion en passant avec Emile Verhaeren (ça se ressemble hein ?), m’a retardé sur la route du poème… Avec le recul, bien des années plus tard, il y a tous ces mots qui sonnent… Finalement, n’aurais-je pas retrouvé ici, rassemblés, ces mots que je goûte tant, que je fréquente tels des amis sûrs ? Frémir, crépiter, imperceptible, chuchoter, tressaillir, furtif, … Insigne ambiance emplie de sensations, de craquements… Et d’incertitude...

Une énième relecture accomplie, comme une révélation… Est-ce vraiment l’automne en ce jardin mouillé ? …

Il est un air de Vivaldi pour qui je donnerais …

 

Avec mes respectueuses salutations, mon très cher ami,

 




vendredi 17 janvier 2025

88

 L'image (et mot facultatif balance)






-Nous on est 56, et vous ?

-Nous, on est 32.

-Ça fait 88 !

-Belle équipe je trouve.

-Oui.

-On s’entend bien !

-Surtout quand on nous touche.

-Oui, même effleurées, c’est bon.

- Suffit d’être dans de bonnes mains.

- Deux ou quatre, c’est très bien. Il y a la place.

-Et c’est pas mal en ces temps troublés, non ?

-J’allais le dire. Et puis…

-Vas-y balance !

-A nous toutes, noires, blanches, on n’est pas de trop pour mettre un peu de nuances.

-Chut, l'instrumentiste arrive.





lundi 13 janvier 2025

Le stagiaire

 


J’ai un stagiaire, sans mentir, je suis son mentor, c’est comme un poulain tu vois, depuis huit mois, et c’est une forteresse, y a rien qui rentre, le palais de la découverte il s’en contrefout, je vais m’en séparer, il est du genre ultrason mais sans cédille, j’arrive pas à le décontaminer, même à l’eau de javel, pas possible on lui a joué un sortilège à la harpe, parce que la fantaisie ou la comédie a assez duré, là non c’est plafond de verre, et c'est dehors ! 



dimanche 5 janvier 2025

Tout en un

 



Viens, je te montre, César

Toi qui n’es ni maquisard ni banlieusard

Ici c’était alimentation café tabac restaurant

T’as compris c’était pas l’Alcazar 

C’est même un ancien restau tourné bazar

Mais c’est pas là que tu vas trouver un falzar

Voilà ce que c’est le hasard Balthazar

Tu te retrouves pas devant une réclame Ricard

Mais t’as droit à Gervais, Pupier et Banania

Et tu te chauffes au Butagaz.

Je suis sûr que cette fois t’as compris

C’est surtout une épicerie

Pas loin de la gendarmerie

Ils font un peu de boulangerie

Si t’as du bol t’auras aussi du riz

Pour les escarpins, ça tourne à la fourberie

Leur rangement défie les catégories

Et se fiche de la géométrie  

C’est pas une allégorie

Et s’ils ne font pas hôtellerie...

C’est pas la supérette de la supercherie

mercredi 4 décembre 2024

Retrouver

 



Je n’ai pas fait un pas de plus

Je sais que tu m’attends

Nous allons laisser derrière

Les jours sombres

Et les pensées de la même couleur

Nous en avons fini

Avec la pénombre et l’attente

Avec ce qui se balançait, suspendu 

Et s’était arrêté

J’y pense depuis si longtemps, ta main

qui s’approche, j’ai entendu la porte là-bas

Tu vas arriver, tu as arrangé tes cheveux, j’en suis sûr

Je souris, le chien,

Sur les chemins

Il a hâte de redevenir mon ombre


samedi 30 novembre 2024

Ombre

Imaginez... Vous vivez dans l'ombre d'un personnage célèbre (vivant ou ayant réellement existé), d'un homme d'importance ou d'une femme puissante. Vous pouvez inventer votre personnage, le créer de toute pièce, le noircir, l'embellir, nous le faire aimer, détester etc... Racontez (à la première personne du singulier), décrivez concrètement, dérivez follement, à votre guise ! 





Aujourd’hui je prends la plume. Prescription. 

Je…Quelle sensation étrange d’utiliser ce pronom, moi qui n’en ai jamais eu vraiment l’opportunité, ni même, soyons précis, l’autorisation.
C’était le prix convenu pour la place à occuper auprès de lui. Elle était avant tout rémunératrice et je ne me rappelle plus exactement les circonstances qui m’y ont conduit.
Remonter le temps, revenir aux origines, n’est pas si simple finalement. La toute première rencontre m’échappe, j’ai davantage souvenir de la visite qui s’ensuivit et scella le tout. Discrétion, quasi anonymat, efficacité étaient les termes du contrat. 
L’homme avait eu vent -allez savoir comment- de mes modestes talents dans un domaine qui lui tenait à cœur. Le sien, tout simplement.
Il ne fallut pas longtemps pour que dans sa vie passablement agitée où il ne pouvait être sur tous « les fronts », je me retrouve chargé de ce qu’il appelait « certains réglages ».
Les trames, plus ou moins lâches, me parvenaient, je mettais en forme, parfois plus, et nous avions des rendez-vous réguliers au cours desquels je rendais compte, lors d’échanges à sens unique. Immuable.
 
Un des moments les plus marquants et les plus anciens qui me revienne eut lieu un matin pluvieux de 1896, du côté de Woking où il s’était installé après son remariage. Ce fut la seule de nos réunions qui se tint chez lui. Je frappai à la porte et entrai dans le bureau quand j’y fus invité. Il était bien là, il m’attendait, assis à sa table de travail.
-Alors, mon cher, comment allez-vous et où en sommes-nous ?
 
Je sortis mes liasses de papier, en prenant sur moi, comme toutes les fois où il disait « nous ».
Fort commode pour lui, mais je n’avais pas le choix. C’était le rituel, je lui exposai la situation sur le projet en cours. Je savais bien sûr qu’il n’avait pas pris la peine de consulter en détail les copies que je lui avais adressées quelques jours plus tôt. 
Ce fut l’habituelle séance de jérémiades, « nous » allons être en retard, les développements n’étaient pas bons, rien n’allait ou presque … Un déluge de mauvaise foi. Immuable. C’était quand même moi qui me tapais le boulot !
 
Mais je ne m’attendais pas à ce qui s’ensuivit.
Il tira de son bureau un paquet qu’il déficela avant de me tendre son contenu. C’était un ordre bien sûr. Quelque trente minutes plus tard, je me retrouverai aussi mortifié que momifié en étant entièrement recouvert de bandelettes. J’avais été intronisé cobaye d’une expérience sensée éprouver le réalisme de certaines situations du projet en cours.  
Ce fut une des nombreuses gouttes qui lentement s’accumulèrent en moi pour composer un mélange instable d’humiliation et de frustration.
Certes, les rémunérations me firent tenir, même si elles étaient souvent réglées avec retard. Et j’avais plaisir toutefois à composer et à rédiger les récits, j’étais dans mon élément. 
 
Au fil du temps, il ne se privait pas en passant de me conter les plus beaux exploits de sa vie agitée, mettant à profit le secret absolu qui nous liait. Et cela pesa de plus en plus, j’en avais plus qu’assez de Dorothy, Amber ou Rebecca puisqu’en ce domaine aussi son œuvre fut prolifique. Et bizarrement le « nous » n’y était plus de mise.
Et ce fut ainsi pendant des années et des années. Que ce soit pour le docteur Moreau, les premiers hommes dans la lune, et même la guerre des mondes, je fis pourtant bien plus que ma part.
Anonyme et insoupçonné.
Je fus l’homme de l’ombre.
Le nègre.
 
Un jour ce fut le jour de trop, je pris mes cliques et mes claques, n’en pouvant plus.
Elizabeth était peut-être le prénom qui me fit déborder.  J’en avais plus qu’assez de ce « nous », de ces histoires de maîtresses, de ce contrat.
 
Avec moi disparurent Septimus Browne et Sosthenes Smith. Pseudonymes derrière lesquels il se cachait en cachant que je m’y cachais. Ce fut sans doute une des rares choses qu’il n’avait pu anticiper. Ah, ce cher Herbert George, sa vie, son œuvre, quand j’y repense...
L’homme invisible, c’était moi.

mardi 26 novembre 2024

Les choses en grand

 


Ah, vois la réflexion de ce bâtisseur, pleine de hauteur !

N’aurait-il pas oublié, peut-être, une ou deux choses  

Certains accès nécessiteront qu’on se fasse la courte échelle

Et il faudra faire non pas le malin mais le mur    

Si tu veux dénicher le livre bien construit, bien ficelé

Qu’on t’a recommandé

N’hésite pas à chercher, compulser, et sois prudent si tu feuillettes  

Regarde bien et attention au premier en haut à gauche

C’est les livres de cuisine

Tout en haut à droite tu trouveras les livres de chevet

Quelque part se cachent sans doute les aventures de Gulliver

Pour le reste, c’est à livre ouvert...

vendredi 22 novembre 2024

Commissaire Magritte

 



Au début, mal embarqué, il avait tapé dans le cent, c’était vraiment la toute petite forme.
Il avait commencé à s’arracher les chevaux, car l’affaire tournait en eau de vassal.
Les suspects racontaient des histoires, des contes à la planche neige et certains mentaient comme des arracheurs de gants.
Et il en était au point de tout lâcher. Ah c’était vieux avant…
« Je vais fouetter mes chats » et il avait déjà sa réplique en tête « je vous rends les studios » …
 
Et puis quelque chose lui avait mis la puce à l’orteil. 
Lu quelque part dans le dossier. Il y avait un clou dans la bergerie. 
C’était une étude documentée et il en avait marre qu’on se gausse de la courbe.
Ce n’était pas une estimation au mètre à ruban mouillé. 
 
Il allait jouer carpe sur table, que personne ne se perce d’illusions. Fini les marchands de sabres.
Tout serait clair comme bonjour, ou simple comme de l’eau de roche.
 
Décidé à rouiller sa chemise, le commissaire voulait rompre, toutes affaires séchantes, avec les expériences glandeur nature. Terminé aussi les nains dans les poches.
 
Il s’entoura donc d’une équipe de cinq ascètes connus plus par l’effort que pour parler fort.
Cette équipe, il la sentait bien, c’était le nez plus ultra. (Il ne manquerait pas de les inviter à son plot de départ.)
Quelques jours après, c’était coupé, recoupé, étayé, conclu.
 
Il ? L'unique. L'incomparable. 
C’était le commissaire Magritte, et il put déclarer : ceci n’est pas une pipe. 
C’est un rasoir mort qui court comme un lapon, la bave aux lièvres.
Blanche de Salut vous le confirmera.