dimanche 22 février 2026

Lus

Comme indiqué il y a quelque temps je change ma manière de procéder pour le recensement ici de mes lectures. Plus fréquent, plus imagé, plus bref.   

Voici un peu de ce que j'ai lu (il en manque déjà) depuis début 2026,avec un petit mot ...ou pas ! 


 

(496p.)

Très documenté, sur des faits historiquement vrais : de 1941 à 1945, tout étranger mettant le pied au Royaume-Uni est enfermé à Patriotic School, manoir au sud de Londres, jusqu'à ce que le MI5 établisse s'il est ou non un espion.  
Un roman qui n'en est pas totalement un, l'est parfois mais l'écriture peine à créer un peu d'empathie avec les personnages, pourtant potentiellement hauts en couleurs, mais cela reste un peu distant, froid. 


(240 p.)

Un démarrage bizarre, une bagarre, un homme assommé avec un lingot, une journaliste sur l'affaire, une chroniqueuse qui relaie, bref une critique des médias, de ses dérives, qui se voudrait satirique et grinçante, mais honnêtement j'ai trouvé cela fort convenu d'une part, et très artificiel d'autre part, avec une tendance circulaire à tourner en rond. La fin (la dernière phrase =Je me bats pour vous) est un joli sommet de démagogie qui a fini par me faire douter que Natasha Brown soit réellement la nouvelle étoile de la littérature britannique comme elle est présentée...En tout cas pas ici. 



(304 p.)

Une réussite à mon goût avec un ton assez grinçant mais pétri d'humanité, des personnages attachants : une infirmière tête brûlée se bat pour donner à un réfugié somalien décédé un enterrement digne, tandis que la police anglaise s'efforce de récupérer son corps et de dissimuler son crime. Belle construction alternant les chapitres personnage par personnage, du rythme, un intérêt soutenu et une satire réussie sur un problème humanitaire fort , les migrants.  



(195 p.)

Un petit Vila Matas que j’ai trouvé peu inspiré, c’est bien la première fois, comme s’il n’avait pas trouvé le fil pour sortir de ses habituelles histoires labyrinthiques. Quelques bons moments, trop rares.



(184 p.) 

Un roman magnifique, il faut se laisser le temps d'entrer dans l'histoire de cet anthropologue qui s'est suicidé, des lettres qu'il a laissées ou pas, des éléments mal connus ou ignorés de sa vie et l'enquête (ou quête) du narrateur agit peu à peu, sur fond de jungle brésilienne, avec une puissante hypnotique et envoûtante. Remarquable. 



( 150 p.)

Un petit roman très ludique et fortement second degré, l'auteur connaît le sujet à fond, et certes il faut un peu connaître le personnage et la réputation de l'écrivain américain culte J D Salinger auteur de L'attrape-coeur. C'est la réserve, car on peut louper des choses. Ici cela devient une histoire d'espionnage absolument folle qui joue avec le mythe Salinger, ses romans, écrits pas écrits, des suites hypothétiques et surtout "avoir le monopole des rêves des adolescents du monde entier » . Très décalé, un régal. 


  

(335 pages)
Un flot poétique ininterrompu. 

Le point de départ en est l'Oiseau Blanc de Nungesser et Coli, parti pour traverser l'Atlantique le 8 mai 1927, et jamais arrivé nulle part.

Après coup, je ne suis pas persuadé que la lecture soit le meilleur ressort pour ce texte, qui me semble devoir être dit, incarné. Des extraits en lecture publique l'éclaireraient indiscutablement. 

L'objectif est clairement de toucher au plus près du souffle épique de l'épopée, avec en particulier le mythe de voler, et l'aventure humaine qu'ont écrite et tracée tous les pionniers de la fin du XIXe et début du XXe siècles.  Alors ça brasse énormément de petits récits, avec des noms plus ou moins connus de celles et ceux qui ont exploré, ont vécu cette aventure, ont disparu, en bateau, en avion...  Les bribes de l'Oiseau Blanc y sont bien noyées, ironie du sort.

Cette profusion m'était sans doute inattendue, la langue creusée et pétrie à mesure donne un texte avec beaucoup de répétitions qui m'ont franchement gêné, en me donnant le sentiment qu'on tournait en rond ou autour du pot, et finalement en n'arrivant pas, comme l'Oiseau Blanc. 



 

(125 p)
Une très belle écriture, quelquefois flottante ou en suspension, qui confère à l'histoire un mouvement de valse -hésitation entre rêve et réalité, l'ambiance est donc chargée d'attente, de poésie, et même d'étrangeté. L'ensemble est à dormir debout, un livre "La Rose d'Or" sert de fil conducteur, il a le même nom que l'hôtel où s'est arrêté le narrateur, mais ce fil n'est pas aussi fiable qu'un fil d'Ariane. 
Beaucoup de charme, à défaut de réponses -vous l'aurez compris- car l'enjeu n'est pas là. 


A suivre.

mercredi 18 février 2026

Ballade

 

Tu vis d’espoirs t’es une éponge

Truc un peu fou qui te démange

Sur le chemin vert que tu longes  

Tu tends les bras comme ailes d’anges

Tu devrais parler aux mésanges

Laisser grimacer les vieux singes

Ceux qui enfouissent dans la fange

Rêves mouillés sur fil à linge

 

Espoirs tombés à l’eau qui plongent

Tout devient un peu plus qu’étrange

Le soir les ombres qui s’allongent

Le blanc le noir tout se dérange

L’attente s’éternise orange   

Gueule du loup tête de sphinge

Goutte à goutte curieux mélange  

Rêves mouillés sur fil à linge

 

Tu rends les larmes tu t’allonges

Les Bermudes seront losange

Tu ferais tout pour que ça change  

Alors laisse sécher les songes 

L’horizon, récolte, vendanges   

Un cri mais quel tableau repeins-je

Tes yeux transpercent-ils la frange

Rêves mouillés sur fil à linge

 

Plan B solution de rechange

Sans fin tu creuses tes méninges

Un peu de soleil en échange

Rêves mouillés sur fil à linge

samedi 14 février 2026

Cortazar

Je vais partager de temps à autre des textes d'auteurs, prose poétique ou poèmes. Au gré de mes feuilletages !  


Instructions pour remonter une montre

Là-bas au fond il y a la mort, mais n'ayez pas peur. Tenez la montre d'une main, prenez le remontoir entre deux doigts, tournez-le doucement. Alors s'ouvre un nouveau sursis, les arbres déplient leurs feuilles, les voiliers courent des régates, le temps comme un éventail s'emplit de lui-même et il en jaillit l'air, les brises de la terre, l'ombre d'une femme, le parfum du pain.
Que voulez-vous de plus? Attachez-la vite à votre poignet, laissez-la battre en liberté, imitez-la avec ardeur. La peur rouille l'ancre, toute chose qui eût pu s'accomplir et fut oubliée ronge les veines de la montre, gangrène le sang glacé de ses rubis. Et là-bas dans le fond, il y a la mort si nous ne courons pas et n'arrivons avant et ne comprenons pas que cela n'a plus d'importance.


JULIO CORTAZAR

mardi 10 février 2026

53

 

La galette est piégée, il y a cinquante-trois fèves.

La galette est piégée, il y a cinquante-trois fèves.

Il répète.

La galette est piégée, il y a cinquante-trois fèves.

Comment il le sait ?

La galette est piégée, il y a cinquante-trois fèves.

Il est agent des services secrets, section farine.

Il répète.

La galette est piégée, il y a cinquante-trois fèves.

Il le sait, il est infiltré dans la boulangerie.

Il répète.

La galette est piégée, il y a cinquante-trois fèves.

La boulangerie est vénézuélienne.

Il répète.

Il est infiltré.

Non, pas ça, il ne faut pas dire ça, c’est un coup à se faire repérer.

La galette est piégée, il y a cinquante-trois fèves.

Il répète facilement.

Il passe sûrement un enregistrement.

C’est plus simple pour répéter.

Faut juste ne pas se tromper de fichier.

La technique c’est son point fort.

La galette est piégée, il y a cinquante-trois fèves.

Il a un palmarès quand même, troisième du Concours Lépine.

La machine à écrire sans E, c’est lui.

Une spéciale lipogramme.

On le connaît depuis ce temps-là.

Et il tape sur les nerfs de toute la hiérarchie.

Il est sur les tablettes.

Se faire repérer, comme ça, c’est très bête pour un futur agent secret.

Même dans un texte au présent.

On a toujours son CV.

Bon, c’est une archive, c’est pas un modèle.

Il répète.

La galette est piégée, il y a cinquante-trois fèves.

Comment il le sait ?

Il est infiltré.

Alors il surveille, et il voit.

L’apprenti arrive, il tape dans la boîte à fèves, tout tombe dans la pâte.

Il est infiltré.

Il ouvre l’œil, et le bon.

Il répète.

La galette est piégée, il y a cinquante-trois fèves.

Il ne sait pas laquelle c’est, mais…

La galette est piégée, il y a cinquante-trois fèves.

Chef, il a un truc à préciser.

Les fèves, c’est pas des fèves.

On ne sait pas quand ça va péter.

La galette est piégée, il y a cinquante-trois fèves.

Il répète.

La galette est piégée, il y a cinquante-trois fèves.

vendredi 6 février 2026

Salon des Refusés

De la production d'atelier encore (voir 25 janvier) mais un peu différemment. 
Le titre donne une idée de la consigne. 
Il s'agit d'une session à laquelle je n'ai pu assister en novembre. 
Et j'ai eu envie de jouer le jeu après-coup, en rédigeant la lettre ou l'avis de refus qu'on adresse à l'auteur.
Je me suis retrouvé avec une reproduction de Frida Kahlo à étudier. 

x x x









lundi 2 février 2026

Le souvenir d'en face

Consigne CUISINER UN SOUVENIR 


Le souvenir d’en face

 

Je suis le souvenir 47.134 P.

Je m’en souviens parfaitement.

J’appartiens à un couple, elle c’était Joséphine, non, Sylvia, ça me revient, et lui, attendez… Paul, ah Gabriel c’est ça…

Tous les deux, pseudos ou pas, secret de polichinelle, se retrouvaient clandestinement, ou presque, ça dépend pour qui, rue Choderlos de Troisgros, au 69, petite maison de plain-pied avec jardinet minuscule, ils étaient d’ailleurs souvent bien mis, dans le quartier on les avait repérés, avec leur petit manège mis à jour, ils arrivaient soigneusement l’un sans l’autre…

Ils avaient leurs petits rituels autour de la cuisine, mais pas seulement, c’étaient des adeptes de la liaison chaude, ils avaient leurs spécialités… on pourrait appeler ça l’amour de la cuisine.

Un jour il a débarqué avec 500 g de noix, il a bien fallu qu’ils se mélangent, on ne saura pas s‘il avait déjà testé l’armagnac…

Elle s’amusait à le taquiner avec ses salsifis, quand le beurre ramollissait dans le sucre, et le rituel du moule à tarte c’était leur préféré, ils en avaient un usage original.

Normal avec leurs cœurs moelleux !

Et comme elle n’avait pas de robot-mixeur, ça y allait… 

 

Il adorait sa choucroute, défaire ses cheveux au-dessus, défi, d’un bol de soupe et puis ses bas comme il disait c’était son filet mignon, et c’est alors qu’elle le traitait de tête de veau tout en lui pardonnant le trou au milieu de la tourte.

Just après, en échange il se mettait à la badigeonner. Elle avait plus que la peau et les os.

 

Le souvenir se trouble un peu, il est ému.

 

A un moment, presque un an plus tard, tout s’est arrêté, la maison restait fermée.

On ne les a jamais revus ou entendus.

Qui sait, des nuages s’étaient peut-être accumulés…

 

 

 

 

jeudi 29 janvier 2026

Rouge




Sous le ciel bleu, rouges

Tes lèvres

Frémissent,

Se plissent

Un signe se tisse   

Le moment où,

Je sais maintenant...

Sourire 

 

Dans l’air bleu, rouges

Tes lèvres

Illuminent 

Ta peau,

Taches rousses et clairières

M’appellent

-J’étais déjà là-  

 

Sur le sentier bleu, rouges

Tes lèvres

Mousses

Chuchotent les mots

Je trempe mes yeux

Bleus

Dans les tiens

 

Le vent léger

Nous suspend

D’un frisson

 

Rouges