La consigne :
Ouvrez votre livre de chevet (ou magazine) au hasard et notez la première phrase que vous voyez.
Recommencez 3 fois, sans trop réfléchir.
Écrivez un texte de la longueur et du style qu'il vous plaira, mais en utilisant obligatoirement les phrases notées.
Vous pouvez accompagner votre texte d’une photo ou autre illustration, même si l’image est le déclencheur de votre écriture, votre texte doit contenir les 4 phrases.
Livre
de chevet ( lecture en cours au moment de la consigne)
Les
phrases, placées dans le texte entre crochets.
[Les
objets l’avaient emporté, tous sans exception.] trouvée p.131
[L’art
de l’immobilité avait perdu ses lettres de noblesse.] trouvée p.34
[C’était
comme si ma propre chevelure se moquait de moi.] trouvée p.163
[Et
Numéro 20 voyant Claire Higg déchirer les clichés du moustachu, se souvint d’un
autre porteur de moustache.] trouvée p.149
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Immobilité
La première édition de la Coupe de
L’Immobilité s’est tenue le dernier week-end de février tout près du musée
Grévin. Un symbole.
Sans verser dans les discours
passéistes, les organisateurs répétaient depuis plusieurs années que [L’art de l’immobilité avait perdu ses lettres de
noblesse.]
L’idée a donc germé, en proposant
quelque chose qui aille à contre-courant de la perpétuelle agitation de la
société moderne. Et si on se posait, on se calmait ?
Les principes de la compétition et
certaines règles étaient inspirés du championnat du monde de barbichette.
Quelques experts éminents en immobilité ont été consultés : des freins,
des paresseux, quelques plantes vertes, une momie, une photo, un sénateur, un
taxidermiste, deux mimes et un médecin-légiste. Aucun tueur à gages n’étant
disponible, cela a permis de faire des économies et d’éviter une polémique sur
les réseaux sociaux.
Il faut préciser aussi que tous les
compétiteurs sans exception ont été soumis à un sévère contrôle antidopage à
l’inscription afin de détecter toute trace de somnifère ou de tranquillisant.
De même l’accès au gymnase a été interdit aux hypnotiseurs, aux magnétiseurs,
aux mages et à maître Bamba.
Malgré
cette organisation de fer, quelques incidents ont émaillé les coulisses de la
Coupe, des couacs qui n’ont cependant pas entravé ou terni la tenue de la
compétition. Mais il faut parfois essuyer quelques plâtres.
Madame Claire Higg, administratrice chez
Madame Tussaud, Londres avait été conviée comme juge-arbitre et son expertise a
garanti un strict respect des règles.
Elle a exclu un concurrent malade qui
avait envoyé à la place une photo de lui moustachu prenant la pose du Discobole
de Myron, imaginant sottement que cela ne se verrait pas.
Le cliché a fini en pièces dans la
corbeille sans leurrer personne une seule seconde.
Cela
a occasionné un dommage collatéral imprévu : un autre concurrent -dossard
numéro 20- a fait dans la délation. Il était visiblement très inquiet de la
concurrence. [Et Numéro 20 voyant Claire Higg déchirer les clichés du
moustachu, se souvint d’un autre porteur de moustache.] Il rédigea et glissa
illico à la table d’arbitrage un petit billet fielleux, calomniant le
Concurrent 15, pourvu d’un guidon de vélo. Mais sa manœuvre échoua et,
démasqué, il eut un beau geste pour se rattraper en se retirant de la
compétition.
Sans
tout relater par le menu, lors des épreuves certains concurrents ont connu des
difficultés inattendues, preuve que la préparation et l’entraînement à cette
discipline sont très variables et sans doute encore mal codifiées ou
documentées.
Le
participant au dossard numéro 14 dont les cheveux se sont inopinément dressés
sur la tête (la sienne) a été éliminé au deuxième tour, il n’avait aucune
explication et a déclaré, aussi dépité qu’hirsute : [C’était comme si
ma propre chevelure se moquait de moi.] Une crise d’angoisse, une
hallucination et même la peur de gagner sont les hypothèses qui ont été le plus
souvent citées dans l’assistance, un public de vrais connaisseurs
pétrifiés.
Un
Bloc de Glace – dossard 16- qui semblait bien parti, hiératique dans les
premières minutes, a commencé à couler, à se liquéfier, perdant toute
contenance. Il a craqué et s’est effondré, ce qui a permis de mobiliser la
Serpillère (numéro 2), qui avait perdu au tour précédent car elle était mal
essorée.
Les
organisateurs rigoureux, justes et irréprochables, ont même – avec arbitrage
vidéo- éliminé Gilles M. l’arrière-arrière-arrière-petit-fils du concierge de
l’ami du voisin de palier du mime Marceau qui a été malencontreusement victime
d’un tic fugitif au niveau du sourcil droit. Beau joueur, Gilles n’a pas eu le
moindre mouvement de protestation.
La
compétition a bénéficié d’une ambiance calme remarquable, elle a rassemblé bon
nombre de spectateurs aussi figés que mutiques pour ne pas troubler son bon
déroulement.
La
première journée, ce furent les qualifications, les premiers tours permettant
de repérer quelques sérieux prétendants au titre qu’on retrouva sans
surprise dans les meilleurs : la maîtrise technique de la Boîte de
Sardines (8), imperturbable, du Fer à Repasser (17), souverain et olympien, la
Lampe Deburau (4), solaire et la Pince Sans Rire (9), extrêmement concentrée, à
la limite de la tristesse.
En
fin de seconde journée, au fil des résultats, tel qu’on l’avait senti venir, on
a constaté l’évidence. [Les objets l’avaient emporté, tous sans exception.]
Présents sur le podium bien sûr, et
trustant les six premières places du classement.
Un beau tir groupé, ne souffrant
d’aucune contestation.
En
conclusion, on peut avancer que cette « Coupe de l’Immobilité » est
le premier pas d’un mouvement irréversible qui devrait faire bouger les lignes,
rompre avec l’immobilisme et - sans parler de lame de fond- se développer grâce
à des initiatives dynamiques dans un bel élan.
De notre envoyée
spéciale Jade Rocher