mercredi 15 avril 2026
samedi 11 avril 2026
Atelier d'avril
Nous avons beaucoup tourné autour de l'albatros de Baudelaire lors de notre session d'avril, à moins que ce ne soit l'albatros qui nous ait tourné autour...
Bref, voici mon décalque, juste après l'original, ce qui m'a servi de compte rendu à la session !
L’atelier
C’était à l’atelier qu’ils remplissaient leurs pages
Plumant un albatros, écrit par Baudelaire
Ils suivaient les consignes, partant à l’abordage
Plumes vives glissant sur l’eau du dictionnaire
La consigne déposée les voilà qui planchent
Ces rois de l’alphabet, rimeurs fous pris au jeu
Tracent soigneusement sans un revers de manche
Leurs belles inventions, c’est ce qu’on attend d’eux
Menant le jeu Joachim n’est pas venu seul
Chaussette surprise, S + 7* est tiré
Plus d’un tour dans son sac, tel un jeu casse-gueule
L’anaphore** en portrait, il faudra deviner
Ce pauvre Baudelaire on l’a bien trituré
Dans son tombeau il aurait pu se retourner
S’il avait su combien nous l’avons détourné
Ce zèle ne gênant, n’empêche, de l’aimer !
mardi 7 avril 2026
10
La liste : Aile Allure Buller Chambre à air Décoller Éolien Foehn Fragrance Insuffler Vaporeux
Boris ne manquait pas d’allure, ni d’air d’ailleurs.
Il vivait pourtant un moment qui manquait de foehn.
Il ne parvenait plus à décoller, à déployer ses ailes
à son aise.
Il se retrouvait mou, désœuvré, à buller toute la
journée ou à découper des chambres à air.
Un comble pour lui, qu’on surnommait l’Icare de Tours, pionnier
de l’ULM dans la région, éolien passionné.
Il cherchait en vain quelqu’un ou quelque chose qui puisse
lui insuffler une nouvelle énergie, loin de son état d’esprit vaporeux.
C’est alors qu’il rencontra Rachel. Quelques secondes auparavant, la fragrance
de son parfum l’avait saisi.
vendredi 3 avril 2026
I M M O B I L E
Ouvrez votre livre de chevet (ou magazine) au hasard et notez la première phrase que vous voyez.
Recommencez 3 fois, sans trop réfléchir.
[Les
objets l’avaient emporté, tous sans exception.] trouvée p.131
[L’art
de l’immobilité avait perdu ses lettres de noblesse.] trouvée p.34
[C’était
comme si ma propre chevelure se moquait de moi.] trouvée p.163
[Et
Numéro 20 voyant Claire Higg déchirer les clichés du moustachu, se souvint d’un
autre porteur de moustache.] trouvée p.149
Immobilité
La première édition de la Coupe de
L’Immobilité s’est tenue le dernier week-end de février tout près du musée
Grévin. Un symbole.
Sans verser dans les discours
passéistes, les organisateurs répétaient depuis plusieurs années que [L’art de l’immobilité avait perdu ses lettres de
noblesse.]
L’idée a donc germé, en proposant
quelque chose qui aille à contre-courant de la perpétuelle agitation de la
société moderne. Et si on se posait, on se calmait ?
Madame Claire Higg, administratrice chez
Madame Tussaud, Londres avait été conviée comme juge-arbitre et son expertise a
garanti un strict respect des règles.
Elle a exclu un concurrent malade qui
avait envoyé à la place une photo de lui moustachu prenant la pose du Discobole
de Myron, imaginant sottement que cela ne se verrait pas.
Le cliché a fini en pièces dans la
corbeille sans leurrer personne une seule seconde.
Sans
tout relater par le menu, lors des épreuves certains concurrents ont connu des
difficultés inattendues, preuve que la préparation et l’entraînement à cette
discipline sont très variables et sans doute encore mal codifiées ou
documentées.
Le
participant au dossard numéro 14 dont les cheveux se sont inopinément dressés
sur la tête (la sienne) a été éliminé au deuxième tour, il n’avait aucune
explication et a déclaré, aussi dépité qu’hirsute : [C’était comme si
ma propre chevelure se moquait de moi.] Une crise d’angoisse, une
hallucination et même la peur de gagner sont les hypothèses qui ont été le plus
souvent citées dans l’assistance, un public de vrais connaisseurs
pétrifiés.
Un
Bloc de Glace – dossard 16- qui semblait bien parti, hiératique dans les
premières minutes, a commencé à couler, à se liquéfier, perdant toute
contenance. Il a craqué et s’est effondré, ce qui a permis de mobiliser la
Serpillère (numéro 2), qui avait perdu au tour précédent car elle était mal
essorée.
Les
organisateurs rigoureux, justes et irréprochables, ont même – avec arbitrage
vidéo- éliminé Gilles M. l’arrière-arrière-arrière-petit-fils du concierge de
l’ami du voisin de palier du mime Marceau qui a été malencontreusement victime
d’un tic fugitif au niveau du sourcil droit. Beau joueur, Gilles n’a pas eu le
moindre mouvement de protestation.
La
compétition a bénéficié d’une ambiance calme remarquable, elle a rassemblé bon
nombre de spectateurs aussi figés que mutiques pour ne pas troubler son bon
déroulement.
La
première journée, ce furent les qualifications, les premiers tours permettant
de repérer quelques sérieux prétendants au titre qu’on retrouva sans
surprise dans les meilleurs : la maîtrise technique de la Boîte de
Sardines (8), imperturbable, du Fer à Repasser (17), souverain et olympien, la
Lampe Deburau (4), solaire et la Pince Sans Rire (9), extrêmement concentrée, à
la limite de la tristesse.
En
fin de seconde journée, au fil des résultats, tel qu’on l’avait senti venir, on
a constaté l’évidence. [Les objets l’avaient emporté, tous sans exception.]
Présents sur le podium bien sûr, et
trustant les six premières places du classement.
Un beau tir groupé, ne souffrant
d’aucune contestation.
De notre envoyée
spéciale Jade Rocher
lundi 30 mars 2026
Apprendre les fleurs
POUR LES ENFANTS
jeudi 26 mars 2026
DV
dimanche 22 mars 2026
LETTRE INFERNALE
Lettre infernale à Monsieur Arthur Rimbaud
["La Lettre infernale à Monsieur Arthur Rimbaud" a été écrite pour la commémoration du centenaire de la mort de Rimbaud et a été publiée dans RN 08 en décembre 1992, texte inédit original en français. L'acteur - metteur en scène Jean-Paul Delore propose sur scène une étonnante lecture de ce texte.]
[Ce poème ’Lettre infernale’ peut être considéré comme un échange d'idées avec son compatriote Tchicaya U Tam’si et son texte ’La Source’ publié dans Revue Noire RN 05 de juin 1992]
Monsieur Rimbaud
Je vous le dis droit
dans l’âme
Ce monde est mort
Y compris la France
Je vous le redis
Tout droit dans la culotte
Ce monde finit bientôt
de mourir
Et vous n’irez plus
ni en Abyssinie ni en Asie
commercer d’absinthe
d’idées hautes comme des herbes
de belles humeurs
d’enthousiasmes panés
de panicules d’armes
Scuds artisanaux et mesquins
ambiances frêles – plus jamais
Non Monsieur Arthur
Vous n’irez plus
Vendre la queue du paon
et la queue du patron
Ni au bleuissant désert
de Nubie
Ni aux confins ardents
des chutes du Niamand-Garam
Les bêtes à la panure d’eau
de vent
et d’argent ne vous regarderont
plus du fond de la cervelle –
C’est fini Monsieur Arthur
À moins d’un écoulement d’artères
Vous ne sauterez plus
tous les buissons de la connaissance
intimement liée
au profit –
Monsieur Rimbaud
Je vous le dis droit
dans l’âme
Ce monde est mort
Y compris la France
Monsieur Arthur je vous le dis
d’Afrique
entre bérets verts français
et azimuts italiens nègres
Vous ne vendrez plus
cent mille grincements de vent
cent mille courtes pailles
tirées au destin d’un Verlaine
à l’arme rouge maintenant comprise –
Maintenant que le bleu
est porté couleur de l’humanité
Vous n’irez plus vous balader
à Charleville
ni à Charleroi
ni à Charles de Gaulle
autrement que coincé
dans une France lâchée
en cow-boyonie centrale
et où il fait froid aux yeux
au cerveau
à la bile
aux couilles
au dictionnaire…
Vous-même Monsieur Arthur
académicien des vents d’ouest
Vous n’irez plus d’ailleurs
que dans la tempête des bombes
aspiratoires –
Et l’on vous sommera
de passer l’aspirateur
sur l’académie des sciences morales
Monsieur Rimbaud
Je vous le dis droit
dans l’âme
Ce monde est mort
Y compris la France
Monsieur Arthur
Y en a bon français
de nègre dans vos semelles
et du mazout cru
et des crues d’arcs-en-ciel
et des cuites léoniennes
et du gain cahotique
et du sang arabe –
Vous pouvez me croire
à l’oreille d’un mot neuf
à fleur d’espérance loupée
à voix coriace
aussi dure que le mont Cameroun –
à espoir égal
Moi Cham
héritier du napalm
commandeur gazé
triché corps et âme
Il n’y a plus de saisons
en Enfer – plus de raison
plus de rien –
que du gain gras
grassant
harassant
et sans odeur –
plus de connaissance
plus d’angoisse en fleurs
on débarque tous les vents
pour danser la danse
du petit danseur blanc
Blancs de l’anus à l’âme
Et ça triche
ça ment
ça mentionne aux abords
de l’esprit –
Éminences grises
et manuelles à gogo
toute couille posée
et bien gardée
la bourse bave
Elle bavera
Cinquante degrés sous zéro
mais c’est à cette température-là
qu’on fait les poètes
Mais la France Monsieur Arthur opte pour le feu
Feu de bois
Que non –
Feu de tibias en Tchad coulée
une saison à cinq avrils
et ça coule
et ça coulera –
Je vous le dis d’Afrique
mère cocue
nous n’étoufferons plus
maintenant que le monde entier
n'est plus entier –
Monsieur Arthur
je vous le jure
Nous ne ferons plus
que des voyages à blanc.
Monsieur Rimbaud
Je vous le dis droit
dans l’âme
Ce monde est mort
Y compris la France
Sony Labou Tansi, Brazzaville, le 21 février 1991
J'ai eu la chance il y a deux ans environ
d'assister au spectacle qui m'a fait découvrir ce texte.
Ecoutez-le ici si le cœur vous en dit.
Louis Sclavis, clarinette
Sébastien Boisseau, contrebasse
Jean-Paul Delore, voix.


