lundi 21 septembre 2026

Atelier

Le 12 septembre nous avons repris le chemin des plumes, des feuilles de papier et de notre cher atelier d'écriture avec un plaisir et une impatience non dissimulés. 
Pour commencer la saison, notre animateur en chef a proposé  comme cadre et personnage principal la « Maison », celle de ce roman :


En voici la 4e de couverture :

"Je marchais à pas lents de bout en bout dans la Maison, et la traîne de fourrure me suivait comme un lourd serpent louvoyant. Bêtes fauves, bois de camphre, pin qui brûle et pain qui fume, j'emplissais la Maison de chaleur et de lumières. J'en étais la force vitale, l'organe palpitant dans un thorax de charpentes et de pignons."

Hantée par un âge d'or familial, une femme décide de passer toute son existence dans la grande maison de son enfance, autrefois si pleine de joie. Pourtant, il faudra bien, un jour ou l'autre, affronter le monde extérieur. Avant de choisir définitivement l'apaisement, elle nous entraîne dans le dédale de sa mémoire en classant, comme une aquarelliste, ses souvenirs par saison.
Que reste-t-il des printemps, des étés, des automnes et des hivers d'une vie ?

 

Après quelques exercices d'échauffement, nous sommes entrés dans le vif du sujet :
Première situation : 
Relater un souvenir familial dans cette maison (soit Noël, soit les grandes vacances) en tenant compte de la saison. 
La famille : Petit Père et Petite Mère, les parents, quatre enfants dont un garçon. 
Un potager, un grand parc, un étang. On utilise le « Je ».

 

Je retourne au bord de l’étang.

Je me souviens des interminables après-midis d’été, au moment des grandes vacances lorsque nous étions enfants.

Nous avions à peine fini de manger que tous les quatre nous attendions l’autorisation d’aller nous baigner, pas avant quatre heures, disait Petite Mère. La digestion !

La sieste obligatoire ne nous enchantait guère, elle prenait la plupart du temps des allures de chasse aux mouches et aux moustiques. Nos chambres à l’étage en étaient infestées, on n’a jamais su pourquoi.

Quelquefois nous avions l’autorisation de nous installer sur la terrasse, dans les chaises-longues, où nous tentions vainement de nous laisser gagner par la torpeur ambiante. La patience n’était pas notre fort.

Lorsque c’était l’heure, on ne se le faisait pas dire deux fois.

Enfin !

On partait en courant dans le fond du parc pour se jeter dans l’étang.

Et on oubliait aussitôt tout ce temps perdu, cet ennui de début d’après-midi, tellement heureux que rien ne comptait plus, pas même les moustiques, pourtant toujours là.

 

Deuxième situation

Saison au choix, le dimanche et son cérémonial ou la construction de cabanes.

 

Petit Père ça ne lui avait pas plu du tout lorsqu’on s’était mis en tête de construire des cabanes. Mais alors pas du tout.

On ne lui avait pas demander la permission d’entrer dans son atelier.  On avait oublié aussi de dire qu’on aurait besoin de deux ou trois outils pour la construction. Sur notre lancée, les trois planches qu’on lui avait barbottées étaient passées sous silence.

Et c’est quand il nous repérés sous le grand chêne près de l’étang en train – croyait-il – d’escalader l’arbre vénérable qu’il a compris qu’il y avait anguille sous roche.

Mais c’était Petit Père , quand même.

Et quand la semaine de punition est passée, il nous a aidés à en construire une. Au sol bien sûr.

Je repasse près du chêne, quelques vestiges sont toujours là. Une vieille corde effilochée est encore vaguement amarrée à son anneau sur le poteau désormais bien décati que Petit Père avait planté pour nous.

Et, incroyable, proche de la poussière, je n’y touche surtout pas, c’est une des trois planches qu’il nous avait finalement laissées, j'ai failli ne pas la voir.

C’était bien, c’était un début d’été.

 

 

Troisième situation

La maison a été vendue, la narratrice vit maintenant en maison de retraite, elle y écrit ses souvenirs, ici sur un objet de famille transmis de génération en génération : un fauteuil élimé.

 

Je suis de retour dans ma chambre. Je rentre des soins. J’ai un peu de temps devant moi avant l’heure du repas.  Je rouvre mon cahier, je me suis installée à ma petite table, assise dans le fauteuil familial. C’est un voltaire, il remonte à cinq générations si je me souviens bien ce que nous disait Petite Mère. Je revois distinctement Petit Père y lire son journal, un rituel, j’entends le bruit des pages qui se tournent. Et puis Petite Mère avec le cliquetis des aiguilles à tricoter. Pas toujours, parfois c’était du crochet.

J’ai bien peur que ce soit tout. Pourtant… ce fauteuil élimé, toujours là, si j’osais je dirais qu’il a connu un sacré paquet de fesses.

Je pense souvent qu’il est en meilleur état que moi. Et après moi, je suis la dernière, à quoi et à qui servira-t-il ? Je ne sais pas et e ne veux pas vraiment le savoir.

En conclusion :

Une belle séance, j'ai été content d'avoir à écrire comme je ne le fais pas -quasiment jamais- ou comme je ne sais pas le faire.  
Et puis les thèmes du roman comme appui d'un atelier, c'est pas mal, pour autant je sais que je ne le lirai pas, je pense que le caractère "ampoulé" et lyrique du lexique ne serait pas à mon goût ! 

dimanche 13 septembre 2026

C'est une très bonne question - 1

Annoncé avec le billet du 5 septembre, voici le sujet numéro 1. 


1.     Peut-on tout prévoir ?

Une interrogation qu’on pourrait qualifier de petit bras. Peut-on ? Mais bien sûr ! Car le pragmatisme devrait guider chacun dans cette quête.
Oublions « gouverner c’est prévoir », contentons- nous d’anticiper -loin de la science-fiction – et profitons de l’occasion pour s’occuper de tout.
Ce sera réglé. Un gain de temps, nul besoin d’y revenir, passons à autre chose.  
Concédons qu’il faut s’organiser mais les listes ne sont pas faites pour les chiens.
On objectera que tout, c’est présomptueux. Cela dépend du « tout », c’est relatif. 
Je soupçonne les tenants d’un tel argument de n’avoir pas vu venir cette question.  


mercredi 9 septembre 2026

Lectures ( mai juin juillet août)



 
 

384 pages, en poche.
Anticipation, un thriller au cœur des enjeux écologiques, centré sur une ressource : l'EAU ( l'or bleu) qui est désormais objet de spéculations de toutes sortes.  Peu coutumier du genre, je me suis laissé entraîner volontiers dans cette histoire tendue, politique et éthique, qui brasse des préoccupations déjà actuelles - hélas. On s'aperçoit que les repères, les codes moraux ont bougé et sont très versatiles, selon les situations... De quoi réfléchir.

 


1087 pages en format poche.   
Prévu en cinq tomes, j'ai reçu en cadeau les trois premiers .
M (pour Mussolini) en est le tome 1, j'ai fait une pause aux alentours de la 400ème page. C'est du copieux.  L'ascension de Mussolini donc et, dans ce que j'ai entamé, entre autres, la découverte plus précise du rôle de Gabrielle D'Annunzio à Fiume. C'est une reconstitution pas à pas, appuyée sur des documents historiques – correspondances, articles de journaux, extraits de discours, affiches- dont on trouve copie régulièrement dans l'ouvrage. 
En tout cas, à suivre !    


120 pages, poésie Gallimard.
Relu avec un grand plaisir plus de trente ans après. 
Un souffle continu, c'est magnifique.
Voir aussi billet du 8 juillet 2026. 


220 pages, grand format broché. 
Alternant dessins et textes, la plupart d'une page, l'auteur - qui est aussi dessinateur et musicien -  nous emmène au gré de différents thèmes dans ses réflexions, notes, contemplations en n'hésitant pas, pour mon plus grand plaisir, à digresser. 
Beaucoup aimé l'ouvrage, son contenu, je suis en général preneur de ce type de "notes".   
 

53 pages
Toujours fidèle à cette série dont je fais la collection. 
Les éditions L'Œil ébloui sont basées à Nantes. 
Avec "Parce que Perec" Kim Nguyen nous propose 237 fragments commençant tous par "Parce que..." De quoi jubiler, de quoi se rappeler "Je me souviens" (sic!)  et en l'occurrence, dans ce recueil, on se souvient et on évoque Georges Perec. Réussi !
 

53 pages 
Sereine Berlottier a exploré du côté de la voix, des émissions  auxquelles Perec a participé et elle nous livre ses réflexions, touchantes et poétiques, c'est vraiment magnifique. Sans nul  doute un de mes préférés jusqu'ici.  

 

53 pages 
"L'autrice se rend sur Ellis Island pour retrouver la trace de l'écrivain. Dans une prose courte et poétique, elle propose sa version du trajet mythique de Perec." 
Pas très convaincu par cette prose, j'ai eu du mal à en saisir l'objet. 

 
192 pages, en poche
Un des trois polars ou thrillers que je me suis procurés, sélectionné dans 'les iconiques'  par François Guérif, directeur de collection.
Dans le petit milieu des Anglais expatriés en Périgord, un livre, un certain Carter tombe sur un livre...dont il est le héros, hélas pour lui, car certains méfaits du passé reviennent à la surface.  
Il va lui falloir trouver qui a écrit ça. 
Et ça tourne au jeu de massacre, d'une grande noirceur, et d'une grande lourdeur, avec des personnages tristes et détestables pour lesquels on n'a absolument aucune empathie. 
Idée de départ, pas mal, pourquoi pas, mais trop c'est trop, y compris dans l'invraisemblance. Une purge. 


542 pages, en poche. 
Avec celui-ci c'est beaucoup mieux, ambiance trouble, mystérieuse, une photographe trouve dans le boîtier d'un appareil acheté d'occasion une pellicule qu'elle développe et en tire sept photos - magnifiques- représentant une femme (on ne distingue pas son visage) et un enfant. 
Sa quête sera de savoir de qui il s'agit, ce sera l'occasion de pénétrer différents univers ou milieux sombres et pas très nets. Beaucoup de secrets, d'équivoques, et un récit qui apparaît souvent comme une chronique fiévreuse d'une petite ville imaginaire de la côte est des USA. Pour l'atmosphère.   

 

528 pages, le troisième des "iconiques".
Une trame beaucoup plus classique, avec un enquêteur  -le lieutenant Janek héros récurrent de l'auteur- au cœur de deux affaires distinctes dont le récit est bien mené. 
L'intrigue est solide, l'auteur s'attache avec humanité à ses personnages, j'ai juste regretté que le dénouement patine un peu, un poil bavard. 
Un bon moment. Le meilleur des trois polars sélectionnés. 


En poche, 224 pages.
Sculpteur, Bernard Mélois, le papa, est mort. 
Dans ce récit biographique organisé en courts chapitres, on découvre une famille, originale si ce n'est fantasque parfois, qui vit et accompagne les derniers jours du père puis organise les adieux, le tout entrecoupé de souvenirs d'enfance, d'anecdotes. 
Les liens familiaux sont forts, et l'on est touché par cette chronique, absolument pas larmoyante - merci- qui met à distance et s'efforce de désamorcer la tristesse (pourtant immense) en rendant un magnifique hommage au papa, en se remémorant les moments joyeux. 
 


480 pages.
Un de mes favoris depuis de longues années, Ian Rankin avec l'inspecteur Rebus, en Ecosse, Edinburgh. 
Toujours un sens aigu du dialogue, et des personnages bien cabossés attachants. Il semblerait qu'on touche bientôt à la fin de la "saga". A lire dans l'ordre, 25 titres depuis 1987 !


En poche, 384 pages.
Une trame policière certes, toujours bien menée comme je l'ai déjà apprécié chez cet auteur. Mais des questions complexes et fines sur la parentalité, la filiation permettent de dépasser la simple enquête en donnant une dimension humaniste et parfois philosophique sur ces questions. Très intéressant.   


252 pages.
Six nouvelles, une tonalité sombre c'est le moins qu'on puisse dire et un grand talent de conteuse de l'autrice - argentine- qui sème l'ambiguïté et la noirceur d'une fine plume de maître.  
Il faut parfois s'accrocher car la lecture n'est pas toujours aisée, nombre de situations ne sont pas très évidentes, il faut parfois relire. L'ensemble est donc décalé, ce sont les contextes et les situations que vise l'autrice, les interprétations restent ouvertes. Une découverte et une expérience de lecture intéressantes, à confirmer peut-être avec une autre œuvre. 
En quatrième de couverture : 
Une mère s’installe dans sa cuisine avec ses filles, malgré l’odeur de vase du lac où elle a tenté de se noyer ; une architecte argentine reconnaît un petit garçon disparu dans l’œil d’un cheval maltraité ; un père n’arrive plus à soutenir le regard de son fils qui, après avoir avalé une pile, a dû subir une trachéotomie  ; une femme héberge la patiente d’une maison de retraite en fugue, avant de se faire séquestrer par le fils de cette dernière… Autant de situations de non-retour où le bien et le mal sont inextricablement liés.   







samedi 5 septembre 2026

ANNONCE

 

J’annonce aujourd’hui avec ce billet une série d’un sérieux quasi-papal dont l’idée m’est venue en plongeant je ne sais plus pourquoi comment à l’origine dans les annales des sujets du bac en littérature et en philo. Je viens de vous prévenir, c’est du sérieux.

Je tire le sujet au hasard, tiens ça se gâte, j’y réponds en un format limité, je me donne comme cadre un petit texte de 100 mots, je sais… ça dégénère !

Je vous souhaite toutefois, autant que possible, de bonnes lectures !

Je m’empresse d’ajouter que si vous trouvez un sujet, envoyez-le, je le traiterai.   


Mise à jour 8/09 

Tout est dans tout. Cela vous a-t-il traversé ? L'aviez-vous vu ? 




mardi 1 septembre 2026

Cartes postales

 Septembre, je repasse la tête par la fenêtre, c'est reparti !

Elles ont longtemps signifié entre autres choses vacances, voyage, ailleurs et sans doute aussi été…

Je m’interrogeais l’autre jour sur les cartes postales.

C’était plus précisément une sorte de pensée un peu rêveuse. Elle m’a envahi alors que j’étais en train d’en écrire une, une sur les deux que je m’apprêtais en tout et pour tout à écrire et expédier.

Je me suis revu bien des années en arrière lorsque cette pratique, cette habitude, était encore bien ancrée et que je m’y adonnais avec une certaine assiduité et pas mal de plaisir.

La pensée pour les destinataires, le choix d’une vue qui les éclaire et qui leur parle, la rédaction en elle-même du petit mot constituaient un moment appréciable sur lequel chacun serait content de revenir, après coup, expéditeur comme destinataire.  

Et puis cela s’est tari.

Je ne pense pas que la corvée des cartes postales que j’ai pu connaître enfant ait joué, pas plus que les réductions d’effectifs à la poste ou même l’augmentation du prix des timbres.

Les temps ont changé, nous avec, et nous avons commencé à vivre le temps (majuscule) différemment : immédiateté, « direct live » !

Les photos et vidéos déclenchées sur place avec nos appareils ultra-modernes ombilicaux ont pris presque toute la place, renvoyant les cartes postales au cimetière des éléphants ou pas loin.   

Pourtant, les présentoirs tournants des boutiques sont toujours copieusement garnis, ce qui tend à montrer qu’il y a encore un peu de place pour les cartes postales. Reste à savoir laquelle.

Si nous n’en expédions quasiment plus, nous rapportons régulièrement quelques cartes du lieu de séjour, plus ou moins stylisées, avec lesquelles nous remplissons un album qui sert de mémoire familial des endroits où nous sommes passés.  

Ma fille aînée a gardé ce goût d’écrire et d’envoyer une petite carte et elle est sans aucun doute dans la famille la seule de sa génération à persévérer.

De mon côté, à chaque occasion, c’est une ou deux, pas plus, depuis une dizaine d’années je dirais. Une voilure extrêmement réduite.

Une -toujours, pour mon beau-frère avec qui nous pratiquons une espèce de concours casse-gueule mais réjouissant de la carte postale la plus pourrie, et je vous prie de croire qu’il y a de la matière. La seconde est plus « sage » ou classique, c’est pour un ami de plus de cinquante ans, il y a des choses avec lesquelles on ne plaisante pas.  

dimanche 12 juillet 2026

A la manière d'eux...

C'est l'heure de la sortie ! 
Un très bon été à tout le monde. 
Merci d'avoir lu et commenté. 
Retour en principe le 1er septembre. 

Je vous laisse avec cinq productions  à la croisée de deux auteurs, le dessinateur Etienne Lécroart (membre de l 'OuLiPo) et Felix Fénéon célèbre pour ses nouvelles en trois lignes, généralement aussi absurdes que féroces, quand ce n'est pas surréalistes.


Les dessins sont d'Etienne Lécroart, sous forme de cases indépendantes numérotées. 

J'ai donc pris les nouvelles en trois lignes au pied de la lettre, ce qui ne surprendra pas grand monde, et en utilisant cinq fois trois cases du dessinateur, j'ai ensuite rédigé cinq nouvelles "à la manière de"...

Voici le résultat :