dimanche 12 juillet 2026

A la manière d'eux...

C'est l'heure de la sortie ! 
Un très bon été à tout le monde. 
Merci d'avoir lu et commenté. 
Retour en principe le 1er septembre. 

Je vous laisse avec cinq productions  à la croisée de deux auteurs, le dessinateur Etienne Lécroart (membre de l 'OuLiPo) et Felix Fénéon célèbre pour ses nouvelles en trois lignes, généralement aussi absurdes que féroces, quand ce n'est pas surréalistes.


Les dessins sont d'Etienne Lécroart, sous forme de cases indépendantes numérotées. 

J'ai donc pris les nouvelles en trois lignes au pied de la lettre, ce qui ne surprendra pas grand monde, et en utilisant cinq fois trois cases du dessinateur, j'ai ensuite rédigé cinq nouvelles "à la manière de"...

Voici le résultat : 












mercredi 8 juillet 2026

Sais-tu si (..) ?

J'ai rouvert récemment (pour tout autre chose que l'objet de ce billet) le très beau recueil de Claude Roy, paru en 1979, qui me ramène à des lectures du début des années 90. 




Il y a un souffle étonnant dans ce recueil en 10 parties, qui compte 120 pages. 
Des fulgurances que j'ai fini par noter au fil de ma relecture/recherche. 
Et finalement l'idée a émergé. 
Puisque je sors d'un triptyque de poèmes fondus, j'ai organisé un "recueil fondu". 
Il est vrai que j'aurais du mal (!) à  publier les 120 pages originales qui servent de référence et de matériau d'origine, contrairement à ce que j'avais fait pour les poèmes. 
Le voici, cependant, et peut-être suscitera-t-il des envies de lecture ou de relecture ! 
 

Claude ROY 1979 / Sais-tu si nous sommes encore loin de la mer ?

"RECUEIL FONDU"

 

Lorsque la terre respire cela s’appelle le vent

L’eau qui devient un homme cela s’appelle le sang

L’enfant curieux écoute aux portes de la terre

L’enfant dort la sauterelle saute

L’eau chuchote très loin

Sais-tu si nous sommes encore loin de la mer ?

L’enfant dormeur traverse la clairière d’un rêve

L’enfant rêve qu’il rêve et son rêve le rêve

Il entre dans le mien

Affluent d’un songe

Sais-tu si nous sommes encore loin de la mer ?

Ce qu’il fait chaud

Chuchote l’eau

L’eau qui s’en va vers la mer

Sans penser que la mer est là

L’enfant du crépuscule a remonté lentement

Vers le débarcadère vers l’eau qui se déverse

La barque au fil de l’eau suit l’eau qui fuit

Ai-je croisé l’enfant qui remontait le fleuve

Ou m’a-t-il regardé dans le long miroir de l’eau ?

Qu’est-ce donc que le temps ?

Si nul ne me le demande je le sais très bien

Si je veux l’expliquer à qui me le demande

Je ne le sais plus 

Que fait le temps ? il passe il passe

Il passe son temps à brouiller nos traces

La mer très plane respire à peine

Je hâte le pas

L’enfant qui tient son ombre par la main

Là où le courant s’ensable et ralentit

Nous allons chercher tous les deux

Dis-moi est-ce que nous sommes encore loin de la mer ?



samedi 4 juillet 2026

Fondu 3 sur 3

 Le poème fondu ? il s'agit d'écrire un poème en n'utilisant que des mots d'un poème source. On crée donc son propre poème en assemblant, combinant ces mots prélevés (en respectant leur orthographe à l'accent près) avec la ponctuation, l'ordre que l'on veut. Un même mot peut être répété plusieurs fois. S'il est au singulier, on ne peut le mettre au pluriel et inversement.


Poème 3 -source 

Victor Hugo « Au peuple » 1853

« Il te ressemble ; il est terrible et pacifique.

Il est sous l’infini le niveau magnifique ;

Il a le mouvement, il a l’immensité.

Apaisé d’un rayon et d’un souffle agité,

Tantôt c’est l’harmonie et tantôt le cri rauque.

Les monstres sont à l’aise en sa profondeur glauque ;

La trombe y germe ; il a des gouffres inconnus

D’où ceux qui l’ont bravé ne sont pas revenus ;

Sur son énormité le colosse chavire ;

Comme toi le despote il brise le navire ;

Le fanal est sur lui comme l’esprit sur toi ;

Il foudroie, il caresse, et Dieu seul sait pourquoi ;

Sa vague, où l’on entend comme des chocs d’armures,

Emplit la sombre nuit de monstrueux murmures,

Et l’on sent que ce flot, comme toi, gouffre humain,

Ayant rugi ce soir, dévorera demain…. » 


Fondu 3


Te ressemble, magnifique,

L’immensité

L’harmonie en sa profondeur chavire,

Comme toi, comme sur toi, ce flot caresse

Des chocs de murmures

Ce soir

La vague entend demain