lundi 2 février 2026

Le souvenir d'en face

Consigne CUISINER UN SOUVENIR 


Le souvenir d’en face

 

Je suis le souvenir 47.134 P.

Je m’en souviens parfaitement.

J’appartiens à un couple, elle c’était Joséphine, non, Sylvia, ça me revient, et lui, attendez… Paul, ah Gabriel c’est ça…

Tous les deux, pseudos ou pas, secret de polichinelle, se retrouvaient clandestinement, ou presque, ça dépend pour qui, rue Choderlos de Troisgros, au 69, petite maison de plain-pied avec jardinet minuscule, ils étaient d’ailleurs souvent bien mis, dans le quartier on les avait repérés, avec leur petit manège mis à jour, ils arrivaient soigneusement l’un sans l’autre…

Ils avaient leurs petits rituels autour de la cuisine, mais pas seulement, c’étaient des adeptes de la liaison chaude, ils avaient leurs spécialités… on pourrait appeler ça l’amour de la cuisine.

Un jour il a débarqué avec 500 g de noix, il a bien fallu qu’ils se mélangent, on ne saura pas s‘il avait déjà testé l’armagnac…

Elle s’amusait à le taquiner avec ses salsifis, quand le beurre ramollissait dans le sucre, et le rituel du moule à tarte c’était leur préféré, ils en avaient un usage original.

Normal avec leurs cœurs moelleux !

Et comme elle n’avait pas de robot-mixeur, ça y allait… 

 

Il adorait sa choucroute, défaire ses cheveux au-dessus, défi, d’un bol de soupe et puis ses bas comme il disait c’était son filet mignon, et c’est alors qu’elle le traitait de tête de veau tout en lui pardonnant le trou au milieu de la tourte.

Just après, en échange il se mettait à la badigeonner. Elle avait plus que la peau et les os.

 

Le souvenir se trouble un peu, il est ému.

 

A un moment, presque un an plus tard, tout s’est arrêté, la maison restait fermée.

On ne les a jamais revus ou entendus.

Qui sait, des nuages s’étaient peut-être accumulés…