Consigne CUISINER UN SOUVENIR
Le souvenir d’en
face
Je suis le souvenir 47.134 P.
Je m’en souviens parfaitement.
J’appartiens à un couple, elle c’était
Joséphine, non, Sylvia, ça me revient, et lui, attendez… Paul, ah Gabriel c’est
ça…
Tous les deux, pseudos ou pas, secret de
polichinelle, se retrouvaient clandestinement, ou presque, ça dépend pour qui,
rue Choderlos de Troisgros, au 69, petite maison de plain-pied avec jardinet
minuscule, ils étaient d’ailleurs souvent bien mis, dans le quartier on les
avait repérés, avec leur petit manège mis à jour, ils arrivaient soigneusement
l’un sans l’autre…
Ils avaient leurs petits rituels autour
de la cuisine, mais pas seulement, c’étaient des adeptes de la liaison chaude,
ils avaient leurs spécialités… on pourrait appeler ça l’amour de la cuisine.
Un jour il a débarqué avec 500 g de
noix, il a bien fallu qu’ils se mélangent, on ne saura pas s‘il avait déjà
testé l’armagnac…
Elle s’amusait à le taquiner avec ses
salsifis, quand le beurre ramollissait dans le sucre, et le rituel du moule à
tarte c’était leur préféré, ils en avaient un usage original.
Normal avec leurs cœurs moelleux !
Et comme elle n’avait pas de
robot-mixeur, ça y allait…
Il adorait sa choucroute, défaire ses
cheveux au-dessus, défi, d’un bol de soupe et puis ses bas comme il disait
c’était son filet mignon, et c’est alors qu’elle le traitait de tête de veau
tout en lui pardonnant le trou au milieu de la tourte.
Just après, en échange il se mettait à
la badigeonner. Elle avait plus que la peau et les os.
Le souvenir se trouble un peu, il est
ému.
A un moment, presque un an plus tard,
tout s’est arrêté, la maison restait fermée.
On ne les a jamais revus ou entendus.
Qui sait, des nuages s’étaient peut-être
accumulés…