Lectures, suite
Période du 22 février au 30 avril
Mr Gwyn (185 p)
Alessandro Baricco
Une relecture un peu plus de dix ans après. Etonnant, toujours, que certains souvenirs soient justes et que des pans complets aient disparu. Sans doute garde-t-on en tête les points marquants de l'intrigue qui ont fait notre attachement et aussi l'ambiance. C'est le cas ici. J'avais quasiment tout oublié de la seconde partie et de la fin !
Cette seconde fois, en tout cas, fut très agréable et satisfaisante, même si différente de la première, bien évidemment.
L'observatoire (448 p.)
Edward Carey
Une drôle d'expérience de lecture, on est immergé dans un univers étrange. L'Observatoire est un manoir où une nouvelle arrivante, locataire, va perturber ce monde bien clos aux secrets feutrés. Peu au fait des codes implicites, elle va vouloir mettre à jour ce qui est soigneusement tu habituellement et cela n'ira pas sans drames. Les caractères et caractéristiques des personnages font le charme bizarre de ce récit vraiment décalé. En réglant le fréquence on trouvera même quelques inflexions kafkaïennes, des parentés du côté absurde (Ionesco, Beckett ou même Jarry) qui n'empêchent nullement de trouver les uns et les autres très attachants. Au contraire.
Les Villes invisibles
Italo Calvino ( 188 p.)
Calvino, c'est toujours bien.
Je commence à avoir un parcours très nourri avec lui, parcours entamé l'année de parution du superbe "Si par une nuit d'hiver un voyageur..."
Celui-ci je l'avais en tête depuis longtemps, après avoir lu ces derniers temps des petits bijoux comme Monsieur Palomar et Marcovaldo.
C'est absolument magnifique. Un prodige de l'imaginaire, un dialogue inventé, des villes qui n'existent pas. Les thèmes poétiques (villes élancées,
villes et nom, villes et regard, par exemple) sont tout un programme.
J'y ai déambulé avec un immense plaisir.
Le jeu de la rumeur (512 p)
Thomas Mullen
On est à Boston, seconde guerre mondiale, une journaliste et un agent du FBI (bien campés) se retrouvent alliés pour essayer de démasquer et mettre à jour des réseaux fascistes impliqués dans des sabotages et des vols dans des usines d'armement.
Rien de bien neuf, pas mal de choses prévisibles mais un récit plutôt sympathique, bien conduit et qui prend le temps d'installer les personnages, les situations et les ambiances, les enjeux.
Tana French
Les lieux infidèles ( 440 p.)
Frank Mackey, désormais flic, revient chez lui vingt-deux ans après. Il avait coupé les ponts avec sa famille et surtout il était parti alors qu'il comptait s'enfuir avec Rosie sa petite amie, qui ne l'a jamais rejoint le jour J.
Disparue sans laisser de traces, aucune nouvelle depuis, laissée pour morte vraisemblablement avec tout ce temps, et voici qu'on retrouve sa valise...
C'est parti pour une enquête où les fameux fantômes du passé vont tenir la corde.
Frank n'est pas particulièrement aimable, il semble adepte (conscient ou non) du bâton pour se faire battre.
Un roman qui démarrait pas mal, l'intrigue offrant son lot de possibilités dans l'univers où elle se déroule, mais un récit qui malheureusement ne prend pas vraiment après l'exposition ( réussie) et finit par traîner, patiner et immanquablement la résolution en est assez plate. Tout cela manque d'aspérités, d'incarnation et cela donne un ensemble de plus en plus fade et donc oubliable.
Les mystères de Sherlock Holmes ( 250 p)
Jean-Pierre Naugrette
A la manière de.
L'auteur s'amuse un maximum avec le canon, il possède l'œuvre de Conan Doyle sur le bout des doigts. Certaines nouvelles du recueil ont des liens entre elles. L'ensemble se lit avec plaisir, mais m'a semblé parfois trop respectueux ou pas assez irrévérencieux.
Un bon moment où l'on a plaisir à retrouver les deux personnages mythiques, leurs personnalités et leur relation. Comme vous voudrez.
Le silence du juju (154 p.)
Armandine Penna et Diane Morel
BD ou roman graphique comme on voudra, cela importe peu.
Le résumé de l'histoire vous éclairera :
Quand Faith quitte le Nigeria pour l’Europe, elle est encore mineure et croit naïvement que l’Europe ressemble au paradis. Lors d’un rituel vaudou, appelé « Juju », elle fait un serment devant les esprits : celui de se taire et de travailler sans faillir pour rembourser le prix de son voyage à la « madam » qui l’a prise sous sa coupe. Quand elle arrive en France après une traversée périlleuse du désert, de l’enfer libyen et de la mer, elle atterrit directement sur un trottoir. Il faut qu’elle vende son corps pour rembourser une dette exorbitante. Mais sa foi en Dieu et en la vie la poussent à se libérer de cette toile mêlant mafia et magie noire. Faith sort du silence pour raconter son histoire. Elle crie sa force de vie.
Poignant, très émouvant.
(Merci Mathias)
Vine Street (750 p)
Dominic Nolan
Un bon gros polar anglais, avec un auteur annoncé comme le James Ellroy du dahlia noir, excusez du peu.
Très belle intrigue, très bien construite, on ne décroche pas, on ne voit pas grand chose venir me semble-t-il, c'est une plongée dans le Londres "chaud" (prostituées, mafieux, jazzmen, clubs, etc...) des années 1935 et suivantes, y compris la guerre.
Oubliez Ellroy on en est loin, il n'y en a pas le rythme et la tension hallucinés, mais par contre il y a de la matière, de l'épaisseur dans cette traque qui court sur des dizaines d'années et le personnage principal Leon Geats un flic un peu borderline est un personnage qu'on n'oublie pas.
L'ami Universel
Jean Hubert Gailliot 336 p
Une bien belle lecture, aussi singulière soit-elle, d'un auteur que je découvre.
Ce qu'en dit la 4ème de couverture : Dans une société où chacun met en doute la raison et le réel, l'ami universel apporte son soutien aux personnes les plus déboussolées. Accédant à leur intimité, il révèle le mal qui menace peut-être les citoyens des civilisations évoluées. Après la fin des idéaux et des croyances, n'est-ce pas la réalité elle-même qui finit par ressembler à un canular ?
C'est suffisamment intrigant et ambigu pour donner envie d'aller voir comment ça se passe !
On aura bien du mal à définir ce qu'est "L'ami universel", ce groupe de personnes qu'on ne pourra pas réduire à une agence de détectives, ou encore à un groupe philanthropique ou d'entraide.
Les situations sur lesquelles "L'ami universel" intervient ne sont pas plus classiques : une drôle d'incohérence dans un annuaire téléphonique de 1997 (comment une adresse de cette année-là peut-elle porter un nom qui n'a été changé que bien des années plus tard), une famille disparue mais un logement toujours habité, un club qui disparaît en une nuit...
Le récit, organisé par courts chapitres, fonctionne donc par petites touches, petites doses qui distillent parfaitement le doute, le malaise, la difficulté à distinguer le vrai du faux.
C'est aussi un reflet des peurs et des inquiétudes du monde d'aujourd'hui. Cela flirte franchement avec la paranoïa, nombre de personnages sont persuadés qu'un danger (qu'ils ne peuvent nommer) les guette, les attend.
J'ai particulièrement apprécié la conclusion, positive, où tout ce qui fondait le roman -cette fragilité endémique- est battu en brèche en toute logique et rationalité.
Une très belle lecture je me répète.
Le nom sur le mur (poche folio 165 p)
Hervé Le Tellier
« André Chaix » : tel est le nom qu'Hervé le Tellier découvre sur un mur de la maison qu'il vient d'acquérir dans la Drôme.Il se trouve que c'était un maquisard, un résistant, un jeune homme mort à 20 ans en 1944.
L'auteur fait des recherches, il découvre des documents sur André dans une petite boîte, et se lance alors dans ce texte.
Le résultat est un objet hybride, dans lequel j'ai apprécié le premier et le dernier chapitre où Le Tellier prend la parole pour ouvrir et clôturer son projet.
L'ensemble peut apparaître bancal avec de nombreuses digressions, mêlant plus ou moins adroitement la grande et la petite histoire, relatant aussi certaines anecdotes personnelles qui font écho à sa recherche.
Ce que j'en ai perçu est avant tout un témoignage, ce n'est pas une thèse ou document historique, et c'est bien comme si Le Tellier voulait apporter sa pierre -même très modeste ou imparfaite - à l'édifice, la maison comme la mémoire.
Les vivants et les autres (220 p.)
Les rapports entre les auteurs et leurs personnages. Ce que j'ai retenu de la 4e de couverture et qui m'a fait acheter le livre.
220 pages plus tard, on se dit "parfois c'est long même quand c'est court" et c'est dans la plus grande confusion que j'ai navigué dans cette histoire où tous les pans -passé présent futur réalité rêve - sont mélangés "à plaisir" (pas celui de lecteur de mon point de vue). Une profusion qui n'a pas fonctionné, rien ne m'a vraiment attiré, retenu, j'ai voulu finir au cas où, sans résultat.
En gros, une purge.
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