mercredi 8 juillet 2026

Sais-tu si (..) ?

J'ai rouvert récemment (pour tout autre chose que l'objet de ce billet) le très beau recueil de Claude Roy, paru en 1979, qui me ramène à des lectures du début des années 90. 




Il y a un souffle étonnant dans ce recueil en 10 parties, qui compte 120 pages. 
Des fulgurances que j'ai fini par noter au fil de ma relecture/recherche. 
Et finalement l'idée a émergé. 
Puisque je sors d'un triptyque de poèmes fondus, j'ai organisé un "recueil fondu". 
Il est vrai que j'aurais du mal (!) à  publier les 120 pages originales qui servent de référence et de matériau d'origine, contrairement à ce que j'avais fait pour les poèmes. 
Le voici, cependant, et peut-être suscitera-t-il des envies de lecture ou de relecture ! 
 

Claude ROY 1979 / Sais-tu si nous sommes encore loin de la mer ?

"RECUEIL FONDU"

 

Lorsque la terre respire cela s’appelle le vent

L’eau qui devient un homme cela s’appelle le sang

L’enfant curieux écoute aux portes de la terre

L’enfant dort la sauterelle saute

L’eau chuchote très loin

Sais-tu si nous sommes encore loin de la mer ?

L’enfant dormeur traverse la clairière d’un rêve

L’enfant rêve qu’il rêve et son rêve le rêve

Il entre dans le mien

Affluent d’un songe

Sais-tu si nous sommes encore loin de la mer ?

Ce qu’il fait chaud

Chuchote l’eau

L’eau qui s’en va vers la mer

Sans penser que la mer est là

L’enfant du crépuscule a remonté lentement

Vers le débarcadère vers l’eau qui se déverse

La barque au fil de l’eau suit l’eau qui fuit

Ai-je croisé l’enfant qui remontait le fleuve

Ou m’a-t-il regardé dans le long miroir de l’eau ?

Qu’est-ce donc que le temps ?

Si nul ne me le demande je le sais très bien

Si je veux l’expliquer à qui me le demande

Je ne le sais plus 

Que fait le temps ? il passe il passe

Il passe son temps à brouiller nos traces

La mer très plane respire à peine

Je hâte le pas

L’enfant qui tient son ombre par la main

Là où le courant s’ensable et ralentit

Nous allons chercher tous les deux

Dis-moi est-ce que nous sommes encore loin de la mer ?



1 commentaire:

  1. Je n'ai jamais lu ce livre de Claude Roy.. Une idée intéressante que la vôtre et des vers qui font rêver... à l'enfance oubliée :
    "L’enfant dormeur traverse la clairière d’un rêve" et "L’enfant qui tient son ombre par la main "

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