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dimanche 23 juin 2024

Trois

 1


La distance Paris-Reims est de 15 millions de mètres cube par le rail.
Le robinet de marchandises Paris-Reims démarre de la gare de l'Est à 8h30.
Il est en mauvais état et coule à la vitesse moyenne de 60 litres /h.
Un plombier express qui sait nager part de Reims en direction de Paris à 9h15 et roule à la vitesse moyenne.
A quelle heure le plombier pourra-t-il arriver au robinet ? Combien de temps mettra-t-il pour réparer le robinet ?
 







2


Sans crier, Apollinaire est à la gare,

Il se trouve qu’il se trouve non loin d‘un bord de mer  

Il hèle sans réponse le hérisson perpendiculaire

Animal fort bizarre qui regarde hilare

le matelot barbu un pauvre hère

malade en train de vomir dans l’estuaire,

si vous voyez la Seine altière.

Sans parler, Apollinaire devient rêveur  

Il pense c’est piquant à un repentir sincère

de l’amer insectivore moqueur

Il lance ses pensées calligrammes dans l’air

Comme des bouteilles à la mer  

Et dans l’espace-temps

Quelques mots touchent les pierres.







3



Il se prit par la main

Il se prit la tête

Il prit le temps

Il pensa tangentes et parallèles

Et le temps de comprendre que c’était un oiseau

Il prit son envol


samedi 15 juin 2024

Frappant

 A partir de l'image (et  mot facultatif : croûton)



Je viens de remettre la main sur une photo que j’avais oubliée.
Frappant.
C’est tout une époque, je me levais très tôt le matin.
Cela n’a duré qu’un temps -ce n’est pas le sujet- mais j’ai encore sur moi l’odeur du pain et la chaleur du four.
Je m’étais longtemps cherché avant, j’allais d’un petit boulot à l’autre.
Mais certainement pas celui que l’on croyait.
Bien sûr, pour certains, vous aviez pu me voir dans « Le schpountz ». Vous ne m’aviez pas manqué non plus dans « Ignace » ou même « Raphaël le tatoué ». Pour d’autres, c’était peut-être Barnabé. Et quelques-uns éviteront de trop s’appesantir sur le dilemme cruel que j’ai vécu dans « L’auberge rouge ».
Aujourd’hui, bien des années plus tard, je ne veux pas passer pour un vieux croûton, et je repense même en souriant à ceux qui me donnaient du « Don Camillo ».
 
Et je me dis que j’ai bien vécu, sans être riche comme Crésus, j’ai été heureux un peu comme Ulysse, plus souvent qu’à mon tour.  
Et puis ce n’est pas donné à tout le monde d’être le sosie d’une vedette de cinéma.

vendredi 7 juin 2024

Réputation

L’arracheur de dents était toujours tiré à quatre épingles, 

c’était sa manière à lui de tirer son épingle du jeu, 

ainsi il n’en manquait jamais et il lui en restait toujours trois 

(chacun sait que les bons comptes font les bons amis), 

mais bien sûr il n’y avait pas que cela…

En effet 

l’arracheur de dents disait travailler d’arrache-pied, 

devait-on le croire sur parole, quand on sait la popularité 

qui est la leur dans les dictons ? 

Cette déclaration aussi péremptoire que publicitaire 

était peut-être le signe qu’il travaillait du chapeau. 

Ce doute sera-t-il un jour levé, sans pour autant s’abstenir ? 

Il se murmurait bien qu’il n’était pas du style à manger son chapeau 

(d’ailleurs il n’en portait jamais, ce qui reste difficile à interpréter), 

et surtout avec sa réputation d’avoir la langue bien pendue, 

il n'était pas du tout du genre à avaler sa langue. 

Il est certain par contre qu’aucun patient en « consultation » 

ne souhaitait le voir prendre un râteau.







Les cinq expressions en gras étaient imposées.

jeudi 30 mai 2024

Amical

 Dans l'atelier le choix était le suivant : 

-écrire avec un mot facultatif : tiroir ou bien 

-écrire la lettre que vient de lire la jeune femme.



 

    Chère madame,

Nous ne nous connaissons pas.

Si vous lisez cette lettre, c'est qu'une erreur s'est produite.

Ne cherchez pas à savoir qui je suis, sachez que je ne vous veux aucun mal.

D'ailleurs, vous trouverez la bonne lettre dans le tiroir de la petite table de la bibliothèque.

        Croyez je vous prie à mes sentiments les meilleurs, 

                                                                                                        Un ami.

 



mardi 30 avril 2024

Fiabilité

 



Le service de livraison fonctionnait à la perfection.

Le camion rutilant tournait à plein régime, un carburant bio à base de betterave répandait une odeur de friture dans son sillage…

Aucun problème – au contraire- pour le pack de douze strings avec un treizième gratuit, la dame très impatiente attendait nue à l’heure annoncée de la livraison.

Le violon et son archet avaient été acheminés au 221 B Baker Street, Holmes n’avait pas manqué d’inspecter la tenue du livreur pour procéder à ses éternelles déductions.  

Parmi lesquelles il avait repéré que des fleurs seraient livrées avec oiseau bonus à un journaliste rédacteur en cours de travail sur un guide sur la symbolique des fleurs.

La paire de jambes de rechange, à la bonne taille, avait été greffée directement sur le vélo qui piaffait d’impatience à l’idée de remonter enfin la pente.

Les cartons de pelotes de laine avaient été acheminés nuitamment – comme précisé à la commande, avec règlement prévu en espèces – dans l’atelier clandestin qui employait des chinois et des pakistanais, afin de recharger les machines à tricoter pour la confection habituelle de contrefaçons.

Enfin, comme annoncé, avec une livraison encore une fois au top, la tempête fit rage, sans retard et avec dégâts, et le responsable du service météo sur la sellette depuis quelques semaines en raison de nombreuses erreurs de prévision alliées à une grande instabilité des températures put souffler. Ou plutôt respirer. 

Ce fut l’occasion de redorer son blason, il décerna 5 étoiles à la commande sur internet et finalement, il décida de prendre un abonnement à ce service. 

La fiabilité vous comprenez, c'est important.


lundi 22 avril 2024

Papier

 


Ses robes de papier
Tant et tant manipulées, 
Tant et tant jouées
Les attaches abîmées

La poupée dessinée  
Se sentait froissée
L’insatisfaction est  
Un parfum tenace

Elle y faisait face
Mais elle n’avait qu’une idée
Trouver la parade
Se sortir de là

Quitter les planches
Où elle prenait de l’épaisseur
Car elle en avait plein le dos
Elle y mettrait le temps

Quelques années sûrement
Trouver le sort, la formule, le génie, la lampe
Que ce vœu si cher soit exaucé
Et qui sait, enfin,
Prendre du volume
Changer de dimension
Trouver l’âme sœur
Qui lui ferait du plat 

mercredi 10 avril 2024

Ambiance étrange et scène désertée

 


Le mur tapissé de la pièce déserte 

Une trace vague d’humidité diffuse

 

L’ombre tenace du silence feutré

La piste éteinte de l’écho empêché

 

Le halo sourd de la lampe jaune

Le filament ténu d’une piste effacée

 

Le pied bancal de la chaise inoccupée

L’équilibre aqueux d’un sol incertain

 

Les plis verts de la veste pendue

Les arêtes souples d’un regard obscurci   

 

Les pans souples du rideau tiré

Le regard posé de l’écran déployé

 

Le portrait mystérieux de la femme brune

La recherche folle de son nom enfoui

 

L’enveloppe scellée de la lettre manuscrite

La trame encrée de la feuille pliée

 

Le calme étrange de l'espace vide 

La lumière tamisée de l’impossible oubli

 


samedi 6 avril 2024

Actif

 




Manuel de Survie, l'écureuil du coin, 
était une véritable attraction.
Avec panache, 
il tirait les couvertures à lui et engrangeait pour l'hiver. 
Près du parc, 
la boîte à livres faisait au moins un heureux.

mardi 2 avril 2024

Rouler



Trois amies s’étaient lassées de la course en sac
D’abord Paulette avait lâché la bicyclette
Colette ensuite avait vendu sa trottinette
Et enfin les patins qu’avait largués Odette
Dormaient fourbus dans un quelconque bric à brac
Le poulailler se disait « oh mais quel micmac »
 
Mauvaises langues au chaud bullant dans leur hamac   
Imaginant des sornettes du tac au tac
Pour les commères à l’affut, fut-ce le couac
Qu’avides elles guettaient depuis belle lurette ?
-Vous savez bien sous la houlette de Paulette
La perdition sera le lot des trois girouettes
Parler sans savoir et travailler du chapeau
Raconter n’importe quoi, ah c’est pas très beau
 
Les trois s’étaient simplement mises à la planche
Une course, deux, trois, la belle ou la revanche,  
La vitesse grisait, nouvelle sensation  
Le vent de front, c’est une autre paire de manches
Elles descendaient toujours à fond, bille en tête
Les dimanches filaient comme sur des roulettes
  

vendredi 29 mars 2024

Le compte est bon

 


Là vous voyez une photo de moi dans ma septième vie, je fais touriste.

Je ne peux pas trop vous renseigner pour la suite, parce que j’ai entendu dire – des mauvaises langues, sans doute, des jaloux sûrement- que nous aurions sept ou neuf vies.
Parce que ça peut tout changer. 
Alors, j’ai encore de la marge ou pas ?

De chat en vie numéro 1, je suis passé brosse à dents dans ma vie numéro 2, ensuite j’ai fait panneau de stationnement dans une impasse, j’ai été chaussette solitaire de machine à laver en vie 4, juste avant une longue période où j’ai été la Joconde. 
Ma vie 6, je l’ai utilisée pour être bandelette de Toutankhamon, avant de m’évader pour être touriste.   

Et là, juste là, ça fait 7, et je m’inquiète un peu. 

Je me suis donc documenté. Ce serait une histoire de cultures.
 
J’ai des correspondants en Italie, en Grèce, au Brésil et dans certaines régions d'Espagne, pour eux c’est sept. 
Plus inquiétant, des potes en Turquie et dans les pays du Moyen-Orient m’ont dit six. Ils essaient de quitter le pays.
 
Un ami espion qui en est à sa troisième vie et sa huitième trahison m’a répondu que trois hypothèses expliqueraient « le chat à neuf vies » : soit c’est une confusion avec le chat à neuf queues, fouet de neuf cordes à nœuds, soit le chiffre neuf et le chat étaient sacrés pour les Égyptiens et ils leur ont prêté neuf vies, enfin au XIXe siècle, un vétérinaire anglais a calculé qu’un chat pouvait survivre à huit blessures graves.
Je dois dire que j’ai beaucoup plus apprécié ce discours-là.
  
Il est donc fort possible que je rejoigne la perfide Albion sans trop attendre, même s’il y pleut des chiens et des …chats !
 

dimanche 17 mars 2024

Amis

 Je ne lâche pas mes mots

Mes amis sûrs de la feuille   

Pour eux je suis là

Ils sont là pour moi

Aidés des virgules

Je sens qu’ils se pointent

Au pied de la lettre

Ça bout du stylo

Sur la page qui rit

Ça bout du clavier

Signes minuscules

Tout doit être au point

Page blanche et sang d’encre

Qu’ils aient voix au chapitre

Qu’une phrase pleure

Ils déboulent sans frapper

Quittent les parenthèses

Et donnent des nouvelles

Retour du Lexique

Ou bien déjà là

Tombés sous la main

Passés par la tête

Page d’encre, sang blanc

Ils ont là pour moi

Je suis là pour eux

Je ne lâche pas 
Mes mots

samedi 9 mars 2024

Surveillance

 

Mason ouvrit la porte de la voiture et se ravisa soudain, songeur, les sourcils froncés.
 
Il ne rêvait pas. On lui parlait :
 
-    Je vous envie vraiment !
Mais qui  ? Et d’où venait donc cette voix ? Cela reprit :
 
-    Ceci posé, il ne reste plus qu’à vous confondre.
 
Etrange… Il n’y comprenait rien. 
Pas le choix, il fallait qu’il réponde. 
Mason décida de tenter sur le champ une manœuvre pour donner le change.
Voisine de celle qui consiste à gagner du temps pour localiser un appel téléphonique.  
 
-    Ah, posé où ? fit-il.
-    Façon de parler, je m’entends, reprit la voix.
-    C’est heureux ! Ceci dit, "me confondre", vous risquez fort de ne pas vous y retrouver.
-    Oh, il en faudra plus que ça pour me désorienter…
 
Mason pensa « faut pas que je le perde ».
-    Vous êtes pourtant déconcertant ! poursuivit-il.
-    Comment ça ?
-    C’est tout de même vous qui parlez de confondre, non ? Et ça peut semer le trouble, ou en décontenancer plus d’un …
-    Là c’est vous qui amalgamez et semez la confusion.
-    Tout ceci me paraît bien embrouillé ! Je parle de cette conversation, risqua Mason.
-    Oh, ce n’est pas étonnant de votre part, puisque vous mélangez tout, sciemment.
-    Ne cherchez pas à me tromper, et puis vous n’avez aucune preuve.
-    Comment ça ? répéta la voix, interloquée.
-    Pour me démasquer, vous le savez très bien.
-    Ne vous méprenez pas…
-    Vous ne me roulerez dans aucune de vos farines !
-    Ah je l’attendais celle-là, vous poser en victime vous va « comme un gant » et je sais de quoi je parle.
 
 Pendant l’échange, la portière de la voiture était restée ouverte et Mason peu à peu avait discerné que la voix semblait bel et bien venir de l’intérieur.
Il continua à jouer le jeu.
-    Soyons sérieux, je préfère déjouer un complot plutôt que de porter le chapeau.
-    Je vous reconnais bien là, renchérit la voix.
-    Je vous aurais prévenu.
-    Prévenu, comme vous y allez, je préfère de loin témoin averti.
-    Si vous croyez m’impressionner …
-    Je ne le crois pas, je le peux ! Écoutez bien, après tout, le criminel est peut-être un homme qui savait qu’il y avait une caméra de surveillance et a mis des gants de femme
-    Comment diable…
 
Sans attendre la réponse, Mason plongea dans l’habitacle et se jeta sur la boîte à
gants qu’il ouvrit brutalement. 
Il eut juste le temps d’entendre l’ultime transmission de l’émetteur planqué sous le chiffon avant de l’arracher.
 -    (…..) et nous n’avons pas encore la preuve que le docteur Ball s’y adonne.

 Quelques secondes s'écoulèrent , puis ...

- (…)  Oh, qu’avez-vous fait, M. Mason, est-ce bien nécessaire ?





NB: la première et la dernière phrase, en gras, étaient imposées.

lundi 26 février 2024

Compartiment 26

 



Annie F.  s’était effondrée dans le train Q.
Elle aurait dû deviner.
Dérisoire… Fini le plan A, elle marchait sur des E, elle n’avait pas vu comment Y couper.
Rétrospectivement, cette série de virages en S …
Elle en avait sans doute manqué un le jour J, mais lequel …et elle s’était trompée sur l’heure H.
 
Elle se sentait vivre une très mauvaise série B.
Loin de WC Fields ou d’Histoire d’O, elle était comme tenaillée entre l’univers de Franz et un épisode de X-Files.
Désespoir…
Pour changer d’R, devrait-elle jouer la suite aux ?
Elle ne savait plus quand cela avait dérapé, à quel moment M
Il s’était joué d’L.  C’était quelque chose d’invisible et d’impalpable comme les UV ou la 4 G.
 
Sa colère enflait. Allait-elle résister à cette N ? 
 
Elle se redressa un peu, se sentant légèrement mieux.
Elle allait passer au plan P, lui remettre les points sur les et les barres aux T …à ce triste Z, comme Zéro.
Elle descendit sur le quai.

dimanche 18 février 2024

VISION

 




Une vieille maison se révèle pleine de surprises.
Dans d’excellentes conditions, la fumée fleurit.
Sans aucune diffusion d’effusion dans l’infusion.
Proust n’a pas le monopole du thé.
Un chien lorgne sur cinq sucettes géantes.
Son maître est dans la tente, ce n’est pas mon oncle, il n’attend personne.
En réalité, je ne sais pas qui c’est.
Le soleil 1 boit la tasse et s’évapore.
Il scrute dans la buée le soleil 2 à l’horizon, cerclé de nuages.
Il y a bien deux soleils, c’est leur tour d’être bleus comme une orange.
C’est à n’en pas croire ses yeux.
On pourrait les frotter, mais nos bras sont tombés.  
L’oiseau bleu a traversé les espaces.
Sans filtre.
Ce n’est pas un corbeau, il ne sait pas écrire.
Il n’a pas changé, il n’est pas numéroté.
Il n’est pas orange, il est aérien.
Il n’a pas de combinaison.
Et s’il en avait une, il rirait sous cape.

 

lundi 29 janvier 2024

217

 La consigne 



* * * 


Il avait déposé une nouvelle lettre dans la boîte.


......


Monsieur le préfet
Je me suis porté volontaire il y a quelques semaines pour le plan « Non aux Incivilités » -cause nationale comme vous le savez- et je me suis aussitôt attelé avec ferveur à la tâche en me lançant dans cette croisade dont la réussite, je le pense fermement, ne pourra que redonner cohésion et confiance à notre communauté humaine en restaurant civisme et respect.  
Mon terrain d’exercice privilégié est notre charmante résidence, un havre de paix, pour combien de temps encore, car il n’est malheureusement pas épargné par les dérives que le plan entend combattre.
Par la présente je tiens donc à porter à votre connaissance les agissements du dénommé Georges B.
Georges B. est quand même, dans les cibles que j’ai repérées, le seul de la résidence à ne pas répondre à mes lettres anonymes.
Certains comme Henri C. ou Louis E. sont d’une indéfectible courtoisie, tout comme Jeanne L. et Adèle H. charmantes voisines s’il en est. Eux m’adressent la parole en promenade, me rendent le bonjour, quand ils ne prennent pas quelques nouvelles.
Je crains au plus haut point que Georges B. contamine de sa mauvaise influence Emile D. et Jean-Jacques F. récemment arrivés et qui font preuve d’une attitude si déplaisante que je me vois contraint de les qualifier de malotrus, mal embouchés et malpolis, à la limite du complotisme.  
Pour compléter votre information, je dois à grand regret et la mort dans l’âme – mais je suis sûr que cela va vous intéresser- dénoncer une gestion administrative proche de l’incurie puisque mes précédentes démarches écrites, utilisant en toute rigueur les formulaires de délation ad hoc, n’ont strictement rien donné.
C’est plus particulièrement auprès de la mairie que mes envois ont été purement et simplement ignorés, et je tiens bien sûr à votre disposition pour étayer mes propos des copies de mes différentes courriers restés hélas sans réponse à ce jour, ce qui est peu à peu décourageant quand on porte un tel flambeau.  
C’est bien parce que je suis attaché comme vous à certaines valeurs civiques que je me permets – un peu vigoureusement- de vous alerter. 
Sachez que vous pouvez compter à tout moment sur mon dévouement sans faille, et dans ces conditions, nous attendons désormais, mes chers amis et moi, car je ne suis pas seul, une réponse dans laquelle vous nous indiquerez ce que vous envisagez suite à ces atteintes intolérables à la règle et à la bienséance.
Car il est temps, il est grand temps de rétablir l’ordre public, partout et même dans une résidence privée.
Restant cher monsieur, cher préfet, à votre disposition,
Votre dévoué …

......

- Il y avait une lettre du 217 aujourd’hui ? 
- Le 217 ? Oui, comme chaque lundi. 
- Donc, ça continue et ça fait … ? 
Vingt-troisième lettre d’affilée. Comme les autres, direct dans son dossier. Le professeur W. consulte demain. 


         


jeudi 25 janvier 2024

Mur

 


Sur un tempo diffus et lourd

Ça vibre et traverse les murs

Quels sont ces sons sourds

Qui me rendent patraque ?

Je craque

Faut pas que je me braque

Devant ce mur de briques

Je vais faire un break

Horreur, vois, cher Roderick :

Ta sœur Madeline cadavérique !

Oh je connais ce plan gothique

Sans vouloir paraître prophétique

Filons avant que la baraque

Entière ne se détraque

Et qu’on en jette la clé !

Sauf que ... 

Le mur m'a condamné
Au secours, je suis emmuré.

mercredi 17 janvier 2024

Disparition

D’ordinaire

Lui portait l’étui de son violoncelle

Elle portait l’étui de son violon

A chacun son son 

même si ce n'est pas le sien 

Ils arrivaient, ils jouaient 

comme ça :  

Ce jour-là

Ils s’aperçurent que le violon était rangé dans l’étui du violoncelle

Et même si cela ne manquait pas de sel 

et même s'ils ne cherchèrent pas vraiment qui...celui ou celle

Ils se dirent il y a quelque chose qui cloche

Ce violon est dérangé

C’est un violon dingue

Ils se demandèrent 

quand même un peu ce qu’il étaient advenu 

ce qu'ils avaient bien pu 

faire du violoncelle

Il chercha sous son chapeau

Elle déboutonna son manteau

Rien

...

In extremis ils le retrouvèrent au fond de sa poche

Mais c’était une broche  

Pour aller au concert

Ils ne changèrent pas leurs habitudes

Lui l’étui de son violoncelle

Elle l’étui de son violon  

Mais problème de partition peut-être   

En tout cas

C’est comme cela qu’on l’interprète

Ils ne trouvèrent pas non plus l’orchestre

Elle empoigna son violon

Il sortit de plus loin ses plus belles vocalises

Ils finirent en duo

Dans le métro